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Narcisse Mouellé Kombi: “ L’opposition parlementaire n’est pas le seul contre pouvoir ”

images-2.jpgLe directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric), président de la sous-commission des Droits civils et politiques et Porte-parole de la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés (Cndhl) pour l’observation des élections parle du double scrutin du 22 juillet. Quelle était la motivation de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés pour l’observation des récentes élections ? Cette motivation tient essentiellement au fait que le rite démocratique du 22 juillet 2007 était le moment par excellence de la mobilisation et de la valorisation de droits civils et politiques fondamentaux dont la Commission, de par ses missions, doit veiller à l’application et à la promotion. Il s’agit du droit de chaque citoyen de voter ou de se faire élire, au cours d’élections périodiques et régulières, au suffrage universel direct ou indirect dans le cadre des scrutins secrets, permettant l’expression libre et honnête de la volonté des électeurs. Il y avait donc lieu, pour la Commission, de vérifier si les conditions minimales d’un scrutin régulier étaient réunies. L’implication dans l’observation des élections avait entre autres pour objectifs de contribuer à l’accroissement de la confiance du citoyen dans le processus électoral et d’exercer une fonction de vigilance pour la minimisation de risques de violations de la loi électorale par des pratiques frauduleuses, des irrégularités ou des erreurs volontaires ou involontaires. Est-ce qu’on peut dire que les droits de l’homme, ont été entièrement respectés par exemple au niveau du processus des inscriptions sur les listes électorales ? Pour faire valoir son droit de suffrage, il faut être investi du statut d’électeur et ce statut d’électeur est conféré par l’administration, au regard de conditions de fond, par exemple l’âge électoral, et d’une condition de forme, l’inscription sur une liste électorale. Sur ce point particulier, nous nous réjouissons de constater que le Minatd, dans sa volonté d’information des citoyens sur les démarches et procédures pertinentes, a pris de nombreuses dispositions en vue d’inciter les citoyens à s’inscrire massivement sur les fichiers électoraux qui, dans un souci de transparence, ont été informatisés. Malheureusement, on constate que le volume des inscriptions est en décalage net par rapport au potentiel démographique réel de l’électorat camerounais. Certes, des cas d’inscriptions discriminatoires ont été indexés dans certaines circonscriptions. Mais ces cas n’expliquent pas à eux seuls la disproportion entre la population en âge de voter et le nombre de citoyens régulièrement inscrits. Il y a, nous semble-t-il, de la part de beaucoup de nos compatriotes, une certaine apathie renforcée par le caractère facultatif du droit de suffrage. Dans notre environnement juridique, l’inscription sur les listes électorales étant un devoir civique et non une obligation juridique. Comment la Cndhl s’est-elle organisée pour observer le scrutin proprement dit ? La Commission a été fortement impliquée dans l’observation du double scrutin à travers une organisation pyramidale que pilotait son président monsieur Banda Divine Chemuta. Il était assisté dans cette tâche par vingt coordonnateurs et co-coordonnateurs provinciaux. Chacun de ceux-ci était à son tour assisté par une équipe d’observateurs. Devant les difficultés matérielles, le nombre d’observateurs a été réduit et leur déploiement sur le terrain a été réajusté en conséquence, d’autant plus qu’il fallait mettre à contribution uniquement les ressources propres de la Commission. Néanmoins, la Commission a visité de nombreux bureaux de vote dans l’ensemble des dix provinces. Personnellement, en tant que coordonnateur de la province du Centre, j’ai fait le tour de six départements : le Mfoundi, la Mefou et Akono, le Nyong et Kellé, le Nyong et So’o, la Mefou et Afamba, ainsi que la Lekié. Qu’en est-il du résultat de vos observations ? Sur la base du travail que nous avons personnellement réalisé sur le terrain et sur la foi des témoignages et données que nous avons recueillis auprès des coordonnateurs provinciaux, on peut dire que globalement, les élections se sont déroulées de manière satisfaisante. On peut le dire, en se fiant à des critères d’évaluation objectifs, neutres et impartiaux, de même qu’à des paramètres de comparaison. Rien n’était cependant parfait, nous avons relevé quelques failles et défaillances qui vont être détaillées dans le rapport de la Commission. Même si ces dysfonctionnements ne sont pas de nature à remettre en cause la crédibilité générale du double scrutin, on peut signaler qu’ils ont pu à certains niveaux, donner une impression quelque peu négative. Nous pouvons faire des remarques plus singulières en rapport avec chaque catégorie d’acteurs impliqués dans le processus électoral : l’organisateur du scrutin, les électeurs, les compétiteurs et les superviseurs. S’agissant de l’administration, organisatrice du double scrutin, on doit relever en sa faveur, un souci évident de la transparence, mais aussi, une volonté permanente, visible, de se conformer à la loi électorale. L’on a ainsi noté avec satisfaction la généralisation de l’utilisation des urnes transparentes dans l’ensemble des bureaux de vote. De la part des électeurs, on relève en étant un peu déçu, le manque d’engouement à faire valoir un droit civil et politique fondamental. Le baromètre est le taux élevé d’abstention dans de nombreuses circonscriptions, surtout urbaines. Nous avons été frappés de constater que dans certains bureaux de vote, où nous sommes arrivés autour de 17 heures donc à une heure de la clôture du scrutin, le taux de participation était très faible. Ceux qui se sont abstenus étaient précisément détenteurs d’une carte d’électeur, donc inscrits sur les listes électorales, alors que d’autres citoyens se plaignaient de n’avoir pas été inscrits. Nous n’avons pas constaté d’actes de pression, ni d’intimidation. Au contraire, il y avait la présence discrète des forces de l’ordre chargées d’assurer la sécurité des opérations. On relève cependant, quelques cas d’indiscipline de la part des électeurs. Il y avait une sous représentation, parfois même l’absence des représentants de certains partis politiques ou listes de compétiteurs dans plusieurs bureaux de vote, sans que cela soit le fait d’une obstruction de l’administration. Nous avons également pu constater, s’agissant du superviseur institutionnel qu’est l’Onel, la présence d’un de ses agents dans tous les bureaux de vote. Il y avait là, le respect d’une exigence fondamentale de notre loi électorale. Un tel déploiement est de nature à crédibiliser davantage le scrutin. Nous avons été agréablement surpris de constater que des dispositions étaient parfois prises pour l’assistance aux personnes handicapées. Par exemple dans certains bureaux de vote, il y avait une paire de lunettes optiques pour aider les personnes mal voyantes dans leur choix. On a pu relever des problèmes matériels : par exemple la mauvaise qualité de l’encre pas toujours indélébile ou des isoloirs de fortune, ne garantissant pas de manière intangible le secret du vote. Mais il faut reconnaître qu’un processus électoral surtout dans les pays en voie de développement a toujours un côté d’imperfection dans l’organisation matérielle. Nous ne pouvons pas dire que ces dysfonctionnements étaient d’une gravité de nature à remettre fondamentalement en cause la crédibilité des résultats du scrutin. Comment appréciez-vous les réactions violentes après la proclamation des résultats dans les commissions communales et la lecture des tendances par le Minatd ? Nous reconnaissons qu’il y a eu çà et là des failles, des insuffisances et des carences. Nous sommes dans un processus extrêmement complexe, mettant en jeux des milliers d’acteurs, dans des contextes qui sont parfois difficiles. Ces réactions violentes relèvent des cas d’indiscipline que nous avons déjà déplorés. Il y a eu effectivement des situations parfois tendues, du fait de la mauvaise interprétation ou application de la loi par certains responsables ou acteurs politiques. Il y a eu à certains endroits des échauffourées, des échanges parfois violents. Cela nous amène à parler des compétiteurs qui manipulaient ou instrumentalisaient les électeurs. Les rapports qui nous sont parvenus du Noun, de la Mezam indiquent que la situation était très préoccupante. Mais les cas de violences étaient somme toute marginaux. Dans l’ensemble, le double scrutin s’est déroulé dans le calme et la sérénité, si l’on tient compte de la tendance générale, dans les 21 000 bureaux de vote éparpillés sur le territoire national. Le calme règne dans l’ensemble du pays. Au regard d’un certain nombre de situations de trouble, de mécontentement ou de violence insurrectionnelle enregistrées dans certains pays africains en phase postélectorale, on peut dire que les choses se sont plutôt bien passées le 22 juillet. Comment appréciez-vous l’abondant contentieux qui a été soumis au Conseil Constitutionnel ? Le contentieux est le lot de toutes les élections. Son abondance peut aussi être la marque de la normalisation du jeu politique, de la civilisation des acteurs politiques ainsi que de la pacification des mœurs dans le cadre d’une compétition électorale. En s’en remettant à une instance statuant sur la base d’un droit sur lequel il y a un consensus, on tourne le dos à la violence, qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’il y a un contentieux post-électoral que le scrutin n’est pas crédible ou satisfaisant. Sous réserve des réponses qui seront apportées par la Cour Suprême agissant comme Conseil Constitutionnel, il ne nous semble pas que ce contentieux est de nature à remettre fondamentalement en cause la sérénité, la régularité et la sincérité ayant caractérisé le déroulement des opérations dans la majorité des bureaux de vote. Il appartient au Conseil Constitutionnel de statuer sur chaque cas. Nous ne pouvons pas aller au delà de ce que nous avons constaté sur le terrain, même si nous déplorons un certain nombre de dysfonctionnements. En tant qu’analyste, quel commentaire vous inspirent les résultats au vu des projections du Minatd ? Les résultats et les tendances ne sont pas faits pour surprendre l’analyste lucide et objectif. Ils sont en conformité avec la dynamique politique, sociale et économique du Cameroun de ces cinq ou dix dernières années. A l’issue des législatives de 2002, le Rdpc était déjà largement majoritaire. Les tendances ont été globalement confortées, en terme de fiefs. La victoire de l’Udc dans le Noun peut être considérée comme logique. Le Sdf a réaffirmé sa domination dans le Nord-Ouest, même si sa suprématie s’effrite à la faveur d’une percée que le Rdpc réalise dans certains espaces électoraux de la province. Personne ne peut raisonnablement contester la logique des excellents résultats obtenus par le Rdpc dans ses bastions du Centre, Sud, Est ou même dans plusieurs circonscriptions du Littoral, du Sud-Ouest, de l’Ouest et du Grand Nord. Ces résultats sont le reflet de la situation réelle de notre pays, des attentes du substrat sociologique, de la perception que les électeurs ont eu des enjeux du double scrutin ainsi que des espérances suscitées ou de la défiance provoquée par des différents compétiteurs. Les résultats tels qu’ils apparaissent sont cohérents et se justifient de par la légitimité que le peuple a voulu conférer par le suffrage universel à une formation politique qui finalement apparaît comme la seule ayant une implantation véritablement nationale. Le Rdpc est le seul parti à avoir fait le plein de la présentation des candidats ou listes de candidatures dans les deux consultations électorales. Sur les 45 partis en lice pour les législatives et les 33 présents aux municipales, Certains n’avaient qu’une seule liste en compétition. Ce genre de formations politiques viennent encombrer de manière parfois folklorique le champ de la compétition électorale et même alourdir le contentieux électoral. Les résultats sont également en concordance avec la forte légitimité politique que les électeurs ont accordée majoritairement au leader du Rdpc, le président Paul Biya, dont la légitimité est toute fraîche. On peut dire ainsi que le président de la République, qui a demandé une majorité confortable à ses concitoyens a été suivi et écouté. Restons sur le plan de l’analyse politique pour dire que sur 180 sièges, le Rdpc rafle la mise avec 156 sièges si les tendances sont confirmées au niveau de la Cour suprême. Cela fait que seul le Rdpc aura un groupe parlementaire, il n’y aura pas de contre pouvoir. Le jeu démocratique ne sera-t-il pas biaisé ? Et si l’opposition refusait de siéger à l’Assemblée nationale ? Il ne me semble pas que ce soit le meilleur cas de figure. Le problème de l’opposition au Cameroun est celui de l’absence d’alternative crédible, d’une offre d’alternance sérieuse et constructive, d’un registre de propositions alléchantes qui puissent apparaître comme une contrepartie beaucoup plus attractive que le programme qui est celui du Rdpc et par ricochet celui des Grandes ambitions du président Paul Biya. Toutefois, il faut bien que notre démocratie puisse respirer et vivre. Notre souhait est que le Sdf puisse avoir les 15 députés lui permettant d’avoir un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. Je crois que les projections permettent au Sdf d’espérer. En France, on a vécu une situation presque similaire. Il y a eu une forte domination de l’Ump sur la base de la légitimité toute récente que le peuple français a accordée au président Nicolas Sarkozy. Il y a des formations politiques qui ne disposent pas d’un groupe parlementaire à l’Assemblée nationale française, sans pour autant que la démocratie en France soit en péril. L’opposition parlementaire n’est pas le seul contre pouvoir. Il existe plusieurs contre pouvoirs au Cameroun (médias, société civile, organisations religieuses) de même qu’un ensemble de garanties de libertés publiques, de démocratie et d’Etat de droit qui empêchent que nous nous retrouvions dans une situation pathologique. 103 recours reçus au niveau de la Cour suprême. Quelle sera l’attitude de la Cndhl durant les audiences publiques ? La Commission ne va pas, ne peut pas interférer dans le travail de l’instance suprême de notre système judiciaire qui agit conformément à la Constitution. Nous ne supervisons pas le travail du Conseil Constitutionnel. La Cndhl qui est tenue par l’autorité de la chose jugée observe et prendra acte des résultats que va proclamer le Conseil Constitutionnel, en dénouement de cet important contentieux électoral. Ce que la commission aura à faire, dans le cadre de son rapport général sur l’observation des élections qu’elle va adresser au chef de l’Etat, c’est un certain nombre des suggestions et propositions pour améliorer davantage notre processus électoral, aux fins d’éviter à l’avenir les dysfonctionnements et les insuffisances constatées le 22 juillet. La Cndhl a une vue claire de ces propositions. Mais il ne s’agit pas pour elle de remettre à posteriori en cause la volonté du corps électoral et les décisions qui seront prises par le Conseil Constitutionnel dans le cadre du contentieux électoral. Source:Le messager ,Aout 2007


La légitime défense préventive, une hérésie à l'encontre du droit international;bombardement de l'Irak: un autre regard; Martial Tchenzette

La légitime défense qui permet à une entité étatique de riposter à une agression. La légitime défense qui met en exergue une réponse à une attaque par une autre attaque se situe dans le restreint sillage des exceptions à la règle de l'interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Cependant, la conception d'une légitime défense préventive dans le cadre du bombardement de l'Irak, sans être un précédent dans l'histoire du droit international, est sujet à controverse. Rappelons que cette guerre s'intègre dans un contexte assez trouble. Il n'y a pas de mal à constater que les attentats du 11 septembre 2001 ont été un catalyseur du déclenchement de l'attaque contre l'Irak. L'adhésion de la communauté internationale, peu de temps après la destruction des tours jumelles, à la cause des Etasuniens donnera à ces derniers un blanc-seing dans l'implémentation de leur politique étrangère offensive dont le point stratégique reste l'élaboration de l'axe du mal. Le gouvernement de Bush passait ainsi de la stratégie offensive à la stratégie défensive. L'Irak a été désigné comme première cible. La doctrine de guerre préventive devait avoir une base juridique, les juristes faucons ont fait recours au droit à la légitime défense mais à la légitime défense préventive. Concept qui demeure une hérésie à l'égard du droit international, étant donné qu'il traduit mal la notion de légitime défense dont les conditions ne sont d'ailleurs pas respectées. LA LEGITIME DEFENSE PREVENTIVE : UNE EXTENSION ABUSIVE DU CONCEPT DE LEGITIME DEFENSE Précisons au préalable avec le Sénateur Edward Kennedy qu'une distinction fondamentale doit être établie entre le concept de guerre ''préemptive'' et celui de guerre ''préventive''. Une guerre ''préemptive'' ne peut être menée qu'en cas d'existence de preuves matérielles démontrant l'imminence du danger et la nécessité d'agir et la guerre ''préventive'' quant à elle s'atelle à lutter contre une menace plus stratégique pesant sur les Etats-Unis et sur le monde. Cette distinction assez ambiguë ne permet pas de répondre à toute la controverse qui continue de peser sur le concept de légitime défense préventive. En effet, la Charte des Nations Unies dispose en son article 2, paragraphe 4 que le recours à la force est interdit dans le cadre de résolution des conflits. Mais cette norme de jus cogens est tempérée par l'article 51 de la même charte. Cet article dispose : « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée jusqu'à ce que le Conseil de Sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales ? ». Ce texte, à mon avis, semble être le plus clair possible, s'entendant d'une légitime défense riposte à une agression armée. On comprend alors mal l'érection d'un thèse laxiste stipulant un droit naturel de légitime défense et, partant, la possibilité pour tout Etat de recourir à la force lorsqu'il soupçonne une menace contre ses intérêts. Ceux-là qu'on qualifie de ''minimalistes'' estiment que le droit de légitime défense préventive découlerait de la souveraineté nationale que seul un vote du Conseil de Sécurité pourrait contrecarrer. Ceux-ci proposaient au départ que le Droit International serait inopérant s'il interdisait aux Etats de prendre des mesures nécessaires en cas de menaces graves pesant sur l'intégrité de son territoire. Cette logique est a en n'en pas douter erronée et inadoptable. Ces développements relèvent d'une stratégie US de juridicisation de leur action. En réalité, la légitime défense ne doit permettre que de répondre à une agression militaire. Je pense qu'il était question pour les législateurs de la Charte d'adhérer à ce courant officialisé en 1928 par BRIAND et KELLOG qui consistent à mettre hors la loi la guerre. Il est aussi question de préserver le droit à l'autodéfense qui doit obéir à certaines conditions précises. LA LEGITIME DEFENSE PREVENTIVE DEROGE AUX REGLES DU DROIT INTERNATIONAL DE LA LEGITIME DEFENSE Comme le dit le Pr. Narcisse Mouelle : « l'abrogation de la compétence de la guerre et la civilisation de la société internationale permettent de donner à la légitime défense une signification et une portée juridique déterminée » . La légitime défense préventive n'a pas de contenu juridique. S'il était question d'une légitime attaque préventive, on aurait eu, sait-on jamais, moins de facilités à prouver son illégalité ; mais une défense pour être légitime et partant légale, doit remplir certaines conditions. - La légitime défense doit répondre à une agression armée. Selon la résolution 3314 (XXIX) de l'Assemblée Générale des Nations Unies portant définition de l'agression ''est réputé acte d'agression l'utilisation par un Etat de ses forces armées stationnées sur le territoire d'un autre Etat contrairement aux conditions prévues dans l'accord de stationnement ainsi que la prolongation de la présence de ses forces sur le territoire de l'Etat d'accueil sans son consentement. Sont également interdites en tant que menaces d'usage de la force, le survol non autorisé du territoire d'un Etat par des aéronefs militaires d'un Etat, la forte concentration des troupes armées régulières à la frontière d'un Etat ou les man ?uvres militaires de démonstration navale ou aérienne sur la frontière''. Or, la guerre américano-britannique en Irak n'a fait suite à aucune attaque préalable. - La légitime défense doit être postérieure à l'agression. C'est dire en d'autres termes que la légitime défense ne peut être invoquée que s'il y a agression d'abord mais ensuite cette légitime défense doit être postérieure à l'attaque, ce qui ne fut nullement le cas, étant entendu que cette attaque doit être réellement effective. C'est là l'occasion de rappeler que la notion de légitime défense préventive comme le dit l'autre apparaît à bien d'égards comme : « un barbarisme juridique ». - La légitime défense doit obéir au critère de proportionnalité. Les moyens mis en ?uvre doivent être sensiblement équivalents à ceux utilisés par l'Etat agresseur. - La légitime défense peut être collective. Il s'agira alors ici de l'intervention de plusieurs Etats contre l'Etat agresseur. Glissant alors sur le terrain du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, précisément sur le maintien de la sécurité collective, le droit - et je dirais devoir - d'intervention de l'ONU est l'une des rares exceptions prévues dans le cadre du recours à la force armée. Il est ainsi aisé de constater que l'action étasuno-britannique dénote qu'une violation flagrante du droit international a été une réalité. Le point de départ du caractère illégal de l'action étasunienne en Irak demeure la Résolution 1441 du Conseil de Sécurité. Malgré l'ambiguïté de cette résolution, il semble clair que le recours à la force ne soit pas exclu mais pour cela, il faudrait que la présence des armes de destruction massive ait été véritablement prouvée. Afin de lever l'ambiguïté, une seconde résolution devait être proposée au Conseil de sécurité ; mais comme nous avons eu à le démontrer, cette résolution ne serait probablement pas passée au Conseil de Sécurité , alors les Etasuniens ont préféré attaquer sans l'aval de l'ONU mais aussi sans son refus. Aujourd'hui, puissions-nous nous demander si les armes de destruction massive (ADM) dont ont parlé les faucons n'étaient pas plutôt des armes de désinformation massive (ADM) qu'ont utilisé ces mêmes faucons avant et pendant la guerre. La controverse aujourd'hui est facilement perceptible. Le numéro 2 du Pentagone a affirmé au grand mépris de Mr. HANS Martin BLIX que cette raison était la meilleure des raisons susceptibles d'émouvoir l'ensemble de la communauté internationale. Lorsqu'il ne sera plus Premier Ministre au DOWNING STREET, il méditera longtemps sur sa sacro-sainte alliance avec les Etats-Unis de Bush. La légitime défense préventive utilisée par le couple B.B est et reste la signification du barbarisme juridique qui par strangulation veut porter le coup fatal à l'existence d'un droit international. Martial TCHENZETTE Post-scriptum : 1-Il n'est pas exclu qu'une organisation internationale réagisse par légitime défense mais le droit international encore muet à ce sujet. 2-L'axe du mal se compose principalement de l'Irak, l'Iran, la Corée du Nord, mais aussi des pays comme la Syrie, le soudan, la Libye, etc. 3- LE MONDE DIPLOMATIQUE - décembre 2002, p23, « Les Nations Unies prises en otage », Richard Falk 4- Narcisse MOUELLE KOMBI, cours de droit international public dispensé à l'IRIC, année 2002-2003, (Semestre 1) 5-Martial TCHENZETTE : « Un regard en termes de prospectives sur l'ONU après l'attaque américano-britannique en Irak », Enjeux N°15, Avril-Juin. P. 29 6- BUSH et BLAIR


GUERRE EN IRAK, ANALYSE - 1 : LES ARABES CHIITES IRAKIEN ET L'IRAN,Vers un empire chiite du pétrole, ou vers une attaque contre l'Iran ?Claude Rainaudi

irak.jpgIrak, Iran, USA : Prolégomènes à une crise majeure ? Guerre en Irak, analyse - 1 : les Arabes chiites irakiens et l'Iran Vers un empire chiite du pétrole, ou vers une attaque contre l'Iran ?

Une analyse de la situation en Irak à partir de ses principaux théâtres d'opérations : chiite, kurde et sunnite. L'article d'aujourd'hui portera sur le théâtre d'opérations qui me semble le plus important sur le plan géopolitique : celui de Sud-Est chiite irakien. Dans ce premier article, je présenterai mon point de vue sur les enjeux, forces et faiblesses des principaux acteurs de ce théâtre d'opérations : - les Arabes chiites d'Irak ; - les Chiites iraniens ; - George W Bush. Constatant la reprise de l'initiative par l'Iran, et sans prétendre à la prospective, j'examinerai également les options dont dispose l'acteur militairement le plus puissant et le plus imprévisible : les Etats-Unis d'Amérique.  

Irak, Iran, USA : Prolégomènes à une crise majeure ?

La situation irakienne est complexe, c'est même l'une des raisons pour lesquelles il était stupide d'y aller déambuler avec de gros sabots. Cette complexité tient à la structure des populations de l'Irak et aux liens de certaines de ces populations avec des acteurs régionaux majeurs. Elle tient aussi à la présence de beaucoup de pétrole dans le sous-sol irakien, présence qui lie la situation aux intérêts majeurs des principaux acteurs mondiaux. Trois points de vue sur cette situation feront chacun l'objet d'un article. Chacun sera centré sur l'un des théâtres d'opérations militaires et géopolitiques de l'Irak : - le théâtre d'opérations chiite et l'Iran ; - le théâtre d'opérations kurde et la Turquie ; - le théâtre d'opérations sunnite, ben Laden et George W Bush. Le lecteur pourra mieux percevoir la situation en la projetant sur des cartes, en voici quelques unes : - http://www.thucydide.com/realisatio... - http://www.kurdistanica.com/english... L'article d'aujourd'hui portera sur le théâtre à mon avis le plus important sur le plan géopolitique : celui de Sud-Est chiite irakien.

Guerre en Irak, analyse - 1 : Le théâtre d'opérations chiite et l'Iran

Dans ce premier article, je présenterai mon point de vue sur les enjeux, forces et faiblesses des principaux acteurs de ce théâtre d'opérations : - les Arabes chiites d'Irak ; - les Chiites iraniens ; - George W Bush. Constatant la reprise de l'initiative par l'Iran, et sans prétendre à la prospective, j'examinerai également les options dont dispose l'acteur militairement le plus puissant et le plus imprévisible : les Etats-Unis d'Amérique. Les Arabes chiites d'Irak Les Arabes chiites représentent un peu plus de la moitié de la population irakienne et sont principalement implantés dans le Sud-Est de l'Irak. Cette zone jouxte l'Iran, à l'Est, et le Golfe persique, au Sud ; elle regorge d'un pétrole facile à exporter par la mer. Ils constituent également une forte minorité de la population de Bagdad. Les Arabes chiites ont combattu sans état d'âme dans l'armée irakienne lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, montrant qu'ils n'oubliaient pas l'opposition millénaire entre Arabes et Perses et que leur identification à la nation irakienne pouvait influencer leur comportement. Cette population a été globalement considérée comme « de seconde zone » par le régime de Saddam Hussein. Elle en a conservé un ressentiment contre celui-ci et contre l'appareil Baassiste qui le soutenait. Naïvement, George W Bush pensait que cela allait suffire à rendre l'invasion sympathique aux Arabes chiites. Pour faciliter la lecture, j'utiliserai « Chiites irakiens », dans la suite de cet article, pour désigner la population arabe chiite de l'Irak, même si beaucoup d'Irakiens chiites ne sont pas arabes, mais kurdes ou turcomans (turkmènes) [1]. Les Chiites irakiens sont, en Irak, les grands gagnants de l'invasion. En effet, celle-ci a détruit l'appareil d'état Baas. Ils jouent habilement leurs adversaires les uns contre les autres et, pendant que Sunnites et Etasuniens s'entretuent, ils avancent vers leurs objectifs. Il y a plusieurs courants dans le leadership chiite : - agents iraniens plus ou moins maffieux (Ahmed Chalabi [2], par exemple) ; - religieux fondamentalistes « patients » (Ali el-Sistani, SICRI [3] et sa milice « Badr », Da'wa [4]), ces groupes religieux pro-iraniens, sont regroupés dans l'Alliance irakienne unifiée [5] ; - religieux fondamentalistes « excités » (Moqtada el-Sadr et son « armée du Mehdi »), qui ont une grande influence sur la minorité chiite de Bagdad. Ils viennent de réunir plus d'un million de signatures sur une pétition demandant le départ immédiat des troupes d'occupation... Ces courants semblent (délibérement ou non) se coordonner suffisamment pour ne pas trop se gêner [6]. On constate, par ailleurs, que des membres chiites éminents du gouvernement irakien ont des liens très marqués avec l'Iran : par exemple, Abdoul Aziz el-Hakim, qui a vécu 20 ans en exil dans ce pays ou Ibrahim el-Djaafari, qui y a vécu neuf ans. L'un comme l'autre, à cette époque, utilisaient des bases en Iran pour organiser des actions de guérilla et de terrorisme contre le régime de Saddam Hussein. En ce qui concerne leurs relations avec les deux autres principaux groupes sociaux irakiens, les chiites irakiens pourraient laisser aux Kurdes le pétrole du Nord, mais l'idée d'un Grand Kurdistan, qui contrôlerait les eaux du Tigre et de l'Euphrate depuis le Kurdistan actuellement turc, leur est insupportable. J'en reparlerai dans le prochain article de cette série, qui traitera du théâtre d'opérations kurde et de la Turquie. Par ailleurs, les Arabes sunnites, habitués à diriger, ne peuvent accepter ni une domination chiite, ni une partition de l'Irak qui les laisserait sans ressources pétrolières identifiées. On peut donc s'attendre à un développement du conflit entre ces deux communautés. Ce point sera abordé dans troisième article qui portera sur le théâtre d'opérations sunnite et la situation des troupes d'occupation. Les Chiites irakiens n'ont que peu d'expérience militaire, ne disposent pas de services de renseignement efficaces ni de cadres aguerris. La facilité avec laquelle l'« armée du Mehdi », à Nedjef (Najaf), a été réduite par les troupes d'occupation contraste avec la résistance acharnée de Falloudja (Fallujah). La majorité de l'armée et des forces de police en cours de création est chiite mais, sans l'appui de l'armée US (ou... d'une autre), ces forces ne tiendraient pas bien longtemps contre les guerriers sunnites. En revanche, les dirigeants chiites seront très probablement capables, s'ils y voient leur intérêt, de lancer une irakifada à travers le Sud du pays, face à laquelle les troupes d'occupation seraient désemparées [7]. Les Chiites iraniens Les fondamentalistes chiites iraniens sont les autres grands gagnants de la confrontation : - la seule armée qui leur faisait de l'ombre, l'armée irakienne, est anéantie ; - le seul régime à peu près laïque [8] de la région est éliminé ; - les USA, qui représentaient une menace militaire certaine, savent maintenant qu'ils n'ont pas la possibilité d'occuper l'Iran, et cela pour de nombreuses années ; - le peuple iranien, qui commençait à gronder sous l'étouffoir clérical, a été ramené à celui-ci par la menace d'invasion : les récentes élections en attestent ; - l'impossibilité, sans doute pour des lustres, d'exploiter efficacement le pétrole irakien donne d'autant plus de valeur au pétrole et au gaz iraniens, en particulier pour la Chine, assoiffée qu'elle est de ressources énergétiques : l'Iran a maintenant un allié permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU [9] ; - par ailleurs, cette même valeur accrue du pétrole iranien rend toute attaque contre ce pays susceptible d'amorcer une crise économique mondiale : le pétrole, déjà à 65$ le baril, verrait son prix rapidement doubler, au moins. Sur tous les plans, l'Iran constitue une puissance sans commune mesure avec l'Irak, défait lors d'une première guerre et épuisé par dix ans d'embargo. L'armée iranienne est intacte, elle dispose d'une DCA efficace, qui finirait par être détruite mais retarderait l'établissement de la suprématie aérienne US. Cette suprématie constitue un préalable aux opérations terrestres conventionnelles. Le retard pourrait être exploité de différentes manières : - emploi de missiles sol/mer ; - emploi de missiles sol/sol ; - généralisation de la guérilla. L'Iran dispose de missiles sol/mer efficaces. Ces missiles sont capables de détruire une partie de la flotte US dans le Golfe persique, plaçant les troupes d'occupation dans une position terrible. Ils peuvent, combinés avec des mines, interdire la navigation dans le détroit d'Ormuz, bloquant l'exportation de la plus grande partie du pétrole du Moyen-Orient et mettant à genoux l'économie mondiale en quelques mois, voire quelques semaines. Les bases US en Irak sont à portée de tir des missiles sol/sol iraniens. Les USA devraient soit évacuer leurs bases, se rendant plus vulnérables aux actions de la guérilla, soit accepter des pertes humaines et matérielles importantes du fait des tirs iraniens. Les aéroports irakiens sont, eux aussi, dans le rayon d'action des missiles iraniens qui donc peuvent fortement gêner la mise en place d'un pont aérien. Ces missiles peuvent également atteindre Israël. Les possibilités d'escalade en cas d'attaque de ce pays sont multiples [10] et préoccupantes. Les Pasdaran, les miliciens des ayatollahs, sont certainement déjà prêts à déclencher en Iran une guérilla comparable à celle menée en Irak, sur le théâtre sunnite. Il est très probable que le théâtre chiite irakien, à ce jour relativement calme, deviendrait, lui aussi, un enfer pour les troupes d'occupation. Les dirigeants iraniens avaient, sous la pression, accepté un moratoire sur la fabrication d'UF6 [11]. Ils viennent de réévaluer la situation et de reprendre ce processus de fabrication. Plusieurs éléments vont dans le sens de cette réévaluation : - situation peu enviable des troupes étasuniennes en Irak, qui montre les limites de l'armée US, apte à casser des chars et des avions mais impuissante face à la volonté d'un peuple ; - montée en puissance de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghaï, aussi appelée « Club de Shanghai » [12]) ; - nombre considéré comme suffisant de missiles sol/mer et sol/air opérationnels. Ayant considéré sa main, l'Iran commence prudemment d'abattre ses cartes. Il en a déjà montré deux. La première est la reprise [13] de la conversion du « yellow cake » en UF6, dont nous venons de parler. Il est à noter que les engagements pris vis-à-vis de la population iranienne rendront très difficile un éventuel retour en arrière sur ce point. La seconde, moins médiatisée mais bien plus menaçante pour les USA [14] est une attaque, qui pourrait être dévastatrice, contre le dollar : la création, en Iran, d'une bourse du pétrole côtée en Euros. Actuellement, il existe trois bourses du pétrole, toutes côtées en dollars. C'est une, sinon la principale, raison de la considérable surévaluation de cette monnaie, surévaluation qui permet la survie de l'économie US. Que le dollar perde son monopole de monnaie pétrolière et la demande de dollars dans le monde s'effondre, entraînant avec elle la parité de cette devise. Cette chute du dollar diminuerait d'autant le pouvoir d'achat des USA sur le marché international. Les intérêts majeurs des USA sont menacés par la création d'une bourse du pétrole en Euros, n'oublions pas que la simple vente du pétrole irakien en Euros par Saddam Hussein fut l'une des raisons de la guerre. L'invasion de l'Irak par les USA a amélioré la position géopolitique de l'Iran sans beaucoup affaiblir sa position militaire ; elle a renforcé la cohésion de la population iranienne derrière ses dirigeants : l'Iran se sent en mesure de reprendre l'initiative. Du point de vue de l'influence Chiite en tant que telle, elle ouvre une perspective encore plus remarquable : la possibilité d'un empire chiite du pétrole. Vers un empire chiite du pétrole ? Les deux victoires chiites, l'irakienne et l'iranienne, toutes deux obtenues sans combattre, sont deux facettes d'une même avancée vers un possible empire chiite des ressources fossiles, empire qui pourrait, à long terme, s'étendre aux ressources de l'Arabie séoudite. Les Chiites irakiens n'accepteront pas de repasser sous contrôle sunnite ni de gémir longtemps sous la botte étasunienne. Le SICRI [15] réclame une province Chiite autonome [16], bénéficiant des ressources pétrolières qu'elle abrite. On peut penser qu'assez rapidement cette province serait, organiquement au moins, aussi iranienne qu'irakienne. Les liens organiques commencent d'ailleurs à se tisser : - le port iranien de Bandar Khomeiny est d'ores et déjà utilisé pour le commerce irakien ; - des accords ont été conclus entre l'Iran et l'Irak, visant à l'intégration des réseaux de transport ; - l'Iran a affecté un milliard de $ (environ 800 millions d'Euros) de crédit au développement de la province ; - l'Iran, officiellement pour faciliter les pélerinages, prévoit d'investir dans un aéroport international à Nedjef (Najaf) ; - un accord de collaboration militaire entre l'Iran et l'Irak était prévu, que la pression US a, pour l'instant, fait mettre de côté ; - il existe des projets de raffinage en Iran du pétrole de la province chiite irakienne... Au-delà de cette revendication de province autonome, les dirigeants chiites rêvent déjà de diriger, depuis cette province, un Irak fédéral, allié et ami de l'Iran [17]. Les ressources pétrolières de cette province, associées aux ressources pétrolières et gazières de l'Iran donneraient un pouvoir considérable à l'ensemble chiite ainsi créé. Pouvoir renforcé par la position privilégiée de l'Iran pour l'exportation du pétrole de la Caspienne vers les Indes et le Japon, ainsi que, dans une moindre mesure, vers la Chine. Par ailleurs, les Chiites, qui représentent environ 10% de la population de l'Arabie séoudite, sont justement implantés dans les zones pétrolifères qui bordent la côte orientale de ce pays [18]. Les dignitaires chiites ne raisonnent pas au rythme d'élections quadriennales et commencent sans doute à ourdir des plans de soulèvement à long terme dans ces régions. L'armée séoudienne ne tiendrait pas longtemps face à une armée iranienne venant, avec l'accord des Irakiens, secourir ses frères en chiisme. Intervention motivée par des raisons évidemment « humanitaires », contre l'oppression (bien réelle) que subissent les Chiites en Arabie séoudite. George W Bush Les troupes étasuniennes ont anéanti l'armée irakienne, laissant l'armée iranienne intacte. La guérilla, principalement active dans les zones sunnites, ne leur laisse aucun répit [19]. Les principaux objectifs de l'invasion étaient les suivants : - punir la vente en Euros du pétrole irakien, commencée en 2000 ; - s'emparer des ressources fossiles de l'Irak ; - contrôler, au moins partiellement, l'approvisionnement de la Chine en ressources fossiles ; - achever l'encerclement de l'Iran, cible probable d'une attaque ultérieure ; - disposer de bases menaçant la Syrie ; - montrer au monde la puissance de l'armée US, afin d'inspirer la terreur. Trois de ces objectifs ne semblent pas atteints, en effet : - les ressources fossiles de l'Irak ne seront exploitables que si la guérilla le permet, il est plus facile de démolir une installation que de la reconstruire ou même de la protéger ; - l'Irak ne paraît pas vraiment une base sûre pour l'attaque de l'Iran ; - tout le monde constate que l'armée US n'est pas invincible. Par ailleurs, un bedonnant grain de sable s'est glissé dans la machine US : la résistance des Irakiens. George W Bush, voici plus de deux ans, annonçait, ridiculement vêtu d'une tenue militaire [20], la fin des opérations en Irak. Si, pour l'armée irakienne, les opérations étaient bien terminées, elles commençaient pour la résistance. Depuis, près de 150 000 soldats US sont fixés en Irak alors que les dirigeants étasuniens pensait en récupérer rapidement la plus grande partie. C'est une charge écrasante, à la fois pour les ressources militaires et pour les ressources économiques des USA. Je détaillerai cette situation dans l'article de cette série qui portera sur le théâtre d'opérations sunnite. Les grands perdants, à ce jour, de la guerre en Irak, sont les Etasuniens, entraînés par des dirigeants... étranges... dans un conflit qu'ils ont peu de chances de gagner. Leurs buts de guerre officiels n'arrêtent pas de changer : - d'abord, on a eu les « armes de destruction massives », auxquelles personne ne croyait, et qu'on a d'ailleurs cessé de chercher ; - ensuite, il fallait renverser Saddam Hussein, parce que c'était un dictateur. Au vu de la quantité de dictateurs installés ou soutenus par les USA, au nombre desquelles les Wahhabites séoudiens, les Talibans et... Saddam Hussein lui-même... on pourrait presque sourire ; - après, il fallait installer la « démocratie » [21] en Irak... pendant que les "néo-conservateurs" tentent de supprimer peu à peu ce qu'il en reste aux USA ; - maintenant, c'était pour attirer les « terroristes » en Irak afin de pouvoir les combattre. Bon sang, mais c'est bien sûr ! Pendant ce temps, Osama ben Laden, dont les buts de guerre n'ont jamais changé, a, depuis belle lurette, atteint le plus important d'entre eux. Osama Ben Laden a créé el Qaeda dans un but précis : chasser les armées « infidèles » du territoire de l'Arabie séoudite. D'après Stratfor.biz, le général Richard Myers a déclaré, le 15 avril (2003), que les USA étaient en mesure d'accéder à cette requête. Ce triste personnage profite également de l'invasion de l'Irak pour recruter à tour de bras. Pendant ce temps les cours du pétrole font de l'alpinisme. Et l'économie étasunienne est sensible aux cours du pétrole. Pendant ce temps, nous venons d'en parler, les Chiites en général et l'Iran en particulier marquent points après points, sans faire de bruit. Que peuvent faire les dirigeants US pour défendre leurs intérêts ? Les options stratégiques des dirigeants des USA face à l'Iran et aux Chiites Parmi les orientations à leur disposition, il y a : - le maintien du status quo ; - le désengagement ; - l'escalade. Le maintien du status quo consisterait à rester sur place, en pariant que les munitions de la résistance s'épuiseront avant que la population étasunienne ne réclame vraiment la fin de cette guerre. Même si cela se produisait, la victoire chiite que nous venons de découvrir, serait simplement confirmée. Si cela ne se produisait pas, cette victoire chiite s'accompagnerait d'une humiliation mémorable des USA, contraints à la fuite. Le désengagement consisterait à trouver un prétexte à peu près crédible pour se tirer dès que possible de ce guêpier. La victoire chiite serait confirmée, mais l'humiliation publique évitée, ou, tout au moins, limitée. L'escalade consisterait à faire monter les enchères et à attaquer l'Iran. Quels que soient les moyens employés, un tel choix lâcherait sur la planète un conflit d'une intensité inconnue depuis la Seconde Guerre mondiale. Les buts d'une attaque contre l'Iran seraient de : - détruire la puissance militaire iranienne pour « rétablir l'équilibre » dans le Golfe persique ; - détruire les infrastructures économiques de l'Iran pour l'empêcher de reconstituer une puissance militaire ; - faire, dans un conflit conventionnel, la démonstration de l'invincibilité de l'armée US, dont la crédibilité souffre des succès de la résistance irakienne ; - tenter de mettre en place, en Iran, sous prétexte de « démocratie », un gouvernement à la botte des USA, assurant à ces derniers le contrôle du Moyen-Orient et une influence considérable sur l'Asie centrale et les ressources pétrolières de la Caspienne ; - priver la Chine de pétrole. La position raisonnable serait le désengagement. Les USA auraient appris une leçon : même quand on est le plus fort, il est dangereux de vouloir écraser tous les autres. Ils deviendraient une puissance régionale majeure et l'un des grands acteurs du jeu planétaire, dans un monde multipolaire. Ils pourraient se consacrer à réduire leur déficit et rebatir une économie, économie qui pourrait enfin se soucier du bien-être des gens. Hélas, George W Bush et son entourage ne nous ont pas habitués à des décisions raisonnables. La guerre est donc possible. Si elle commence, elle trouvera sans doute un prétexte dans un attentat sur le sol étasunien. Attentat dans lequel l'Iran n'aura rien à voir. Attentat, bien entendu, qui lui sera attribué, comme celui du 11 septembre, commis par des Séoudiens, le fut à l'Irak. A défaut d'une attaque sur le sol étasunien, une attaque fictive contre un bâtiment US croisant dans le Golfe pourrait faire l'affaire [22]. Les vecteurs d'une attaque contre l'Iran seraient sans doute les bombardements (par missiles de croisière et avions volant à haute altitude pour éviter la DCA iranienne), ainsi que, probablement, des actions de sabotage et d'assassinat menées par les Forces spéciales US. Des troupes supplétives formées d'Iraniens en exil, armées et entraînées par l'Armée US, pourraient ensuite, avec l'appui et le soutien des forces étasuniennes, tenter une invasion, peut-être à partir de la frontière afghane. Une occupation de l'Iran par l'armée étasunienne, sur le modèle de l'occupation de l'Irak, me paraît exclue. Bien malin qui pourrait, d'ores et déjà, prédire les implications de pareille démence. Par exemple, les Chinois, directement visés par la manoeuvre, pourraient profiter de la concentration des troupes US autour du Golfe persique pour prendre le contrôle de Taïwan. Dans la mesure ou nul ne peut attester de l'équilibre mental des Maîtres du Pentagone [23], la suite pourrait être effrayante. Option nucléaire ? L'option nucléaire a été plusieurs fois évoquée : une partie des installations nucléaires civiles iraniennes est profondément enterrée afin de résister aux explosifs conventionnels. Certains éléments de ces installations pourraient, dans quelques lustres, contribuer à la contruction d'armes nucléaires, seul moyen d'être à l'abri des USA. Les dirigeants étasuniens peuvent difficilement l'accepter. Par ailleurs, l'actuelle posture nucléaire officielle des USA prévoit l'utilisation d'explosifs nucléaires en première frappe, même contre un pays qui n'en possède pas [24]. Toutefois, la destruction de l'économie iranienne suffirait à stopper son programme nucléaire, et cette destruction ne requiert que l'emploi d'armes conventionnelles. On peut donc raisonnablement espérer que les USA ne brandissent l'option nucléaire qu'à titre d'intimidation. A ce jour, les grands gagnants de la guerre en Irak sont les Chiites ; les grands perdants, les Etats-Unis d'Amérique. Pour le bien de tous, y compris d'eux-mêmes, ces derniers pourraient accepter leur défaite et en tirer des leçons pour éviter, à l'avenir, pareille déconvenue. Malheureusement, les Maîtres du Pentagone semblent souffrir d'une enflure de l'égo qui rend cette option peu vraisemblable. Ils peuvent aussi essayer de tenir le plus longtemps possible sur leurs positions actuelles, laissant à leurs successeurs le soin de gérer la défaite, ce qui me semble l'option la plus probable. Enfin, ils peuvent choisir l'escalade et entraîner le monde dans une crise majeure. Aux USA, des gens s'inquiètent de la période de vacances du congrès, craignant que Bush et sa clique n'en profitent pour attaquer l'Iran par surprise. Cette hypothèse ne peut être exclue, elle est toutefois improbable : l'attaque de l'Iran, si elle ne se limite pas à quelques bombardements, nécessite une préparation visible. Toujours est-il que, pour les mois à venir, les conséquences d'un attentat majeur sur le sol des USA, quels qu'en soient les auteurs, pourraient être effrayantes. Une fois de plus, Bush et ben Laden ont les mêmes intérêts. [1] En effet, chez les Kurdes, les identifications ethnique et tribale éclipsent, d'un point de vue géopolitique, les identifications religieuses ; quant aux Turcomans (Turkmènes), ils sont très minoritaires et jouent un rôle particulier qui sera développé dans l'article à venir consacré à la situation sur le théâtre d'opérations kurde. [2] Si la situation n'était pas si préoccupante, il serait plaisant de se rappeler que ce personnage était l'un des informateurs favoris des USA et que sa milice a collaboré à l'invasion, y compris en fournissant le personnel pour le fameux déboulonnage de la statue de Saddam Hussein. Chalabi est en disgrâce depuis que ses manoeuvres pro-iraniennes ont été identifiées par ses « amis américains » [3] Supreme Council for Islamic Revolution in Iraq (rien que ça !), dirigé par Abdoul Aziz el-Hakim [4] Da'wa est le parti du « premier ministre » Ibrahim el-Djaafari [5] l'Alliance irakienne unifiée (Unified Iraqi Alliance), occupe plus de la moitié des sièges du « parlement » irakien [6] Même si leur lutte d'influence commence à se manifester par des « coups d'état municipaux » comme la déposition par les armes du maire de Bagdad, le 9 août, et de celui de Samaoua, le 10, dépositions auxquelles les « autorités » officielles semblent tarder à réagir, même verbalement [7] Les troupes US ont l'interdiction constitutionnelle de s'entraîner au maintien de l'ordre. Face à une foule, elles fuient ou tirent dans le tas [8] même si, depuis la première guerre « du Golfe », sa laïcité commençait à laisser à désirer, le status de la femme dans l'Irak baassiste était le plus avancé de la région [9] La Chine et l'Iran resserrent leurs liens dans de nombreux domaines, par exemple, la Chine vient de signer un contrat de plus de 800 000 $ (environ 600 000 Euros) pour la construction d'un métro à Téhéran [10] La déstabilisation du Liban, chiite à plus de 30%, par Hezbollah faisant partie des complications prévisibles [11] Hexafluorure d'uranium, gaz qui permet de séparer, dans des centrifugeuses, les différents isotopes de l'uranium. La fabrication de ce gaz est un préalable à l'enrichissement de l'uranium. [12] L'évolution du Club de Shangaï est l'une des clefs de la géopolitique mondiale, j'y reviendrai dans un prochain article [13] au demeurant parfaitement légale au regard du droit international [14] La CIA pense qu'il faudra environ dix ans aux Iraniens pour disposer de la matière première d'une éventuelle arme nucléaire (l'uranium fortement enrichi), il n'y a pas vraiment d'urgence [15] non soutenu, à ce jour, par Da'wa sur ce point [16] qui pourrait s'appeler Sumer, en mémoire de la civilisation sumérienne, l'un des premières au monde, qui occupait à peu près les mêmes lieux [17] Une récente déclaration du gouvernement irakien fait état d'un refus de l'utilisation du sol irakien comme base d'attaque de l'Iran, déclaration dont on devine le destinataire [18] Voir carte des implantations chiites. [19] J'en parlerai en détail dans un prochain article relatif au théâtre d'opérations sunnite [20] Rappelons que George Bush junior se planqua pendant la guerre du Vietnam et, sans avoir jamais vu le front, ni même l'arrière, réussit à être porté déserteur (AWOL). [21] « démocratie » qui pourrait bien se passer des femmes... [22] Ce procédé de la fausse attaque contre un bâtiment de combat a déjà été utilisé par les USA, pour justifier leur attaque du Viêtnam [23] George W Bush a un passé d'alcoolique et de drogué, il a déclaré que le Bon Dieu lui parlait la nuit, et une partie de son entourage ne vaut guère mieux [24] Notons cette posture nucléaire US est en contradiction flagrante avec le Traité de non-prolifération (TNP)


DES MINES AUX CENTRALES NUCLEAIRES,Vincent Ntuda Ebode

Le politologue Joseph Vincent Ntuda Ebodé énumère six étapes de transformation. Suivez le guide !Ntuda.jpg
"Premièrement, l'uranium est extrait de mines à ciel ouvert ou de galeries souterraines, en Australie, au Kazakhstan, au Canada, en Afrique du Sud et au Brésil essentiellement. Les roches extraites contenant généralement peu de minerais (la concentration en uranium naturel est de l'ordre de 0,2 à 2% ou de 14% dans certaines mines exceptionnelles du Canada), des opérations de concentration sont alors effectuées sur l'uranium naturel pour le transformer en oxyde d'uranium. Par la suite, le minerai est broyé et dissous dans l'acide sulfurique pour obtenir une poudre jaune, appelée " yellow cake ", contenant au moins 60% d'uranium.

En deuxième lieu, ce yellow cake ou uranium concentré, contenant encore des impuretés diverses qui le rendent inutilisable en l'état, il doit être purifié lors d'opération de conversion.

Troisièmement, l'uranium naturel est un mélange de deux atomes : l'U238 et l'U235 dans des proportions respectives de 99,3% et de 0,7%. Mais seul l'uranium U235 subit facilement le phénomène de la fission à l'origine de la production d'énergie dans le coeur du réacteur nucléaire. Pour fonctionner, les réacteurs requièrent un uranium plus riche en U235. L'enrichissement consiste donc à augmenter la proportion d'U235 jusqu'à 3% ou 4%.

 Liens Pertinents Economie, Affaires et Finance Ressources Minières En quatrième lieu, cet uranium enrichi est transformé en pastilles qui sont introduites dans de longs tubes métalliques pour former des crayons, lesquels sont à leur tour réunis et maintenus à l'aide de grilles pour former un assemblage.

Cinquièmement, les assemblages ainsi réalisés vont séjourner plusieurs années dans le réacteur pour produire l'électricité. Après quoi vient le retraitement qui est une étape alternative au stockage en l'état des combustibles usées. A leur arrivée au centre de retraitement en effet, les combustibles usés sont plongés dans une piscine pour une durée de deux ans au maximum, pour permettre la poursuite de la désactivation. Les crayons sont ensuite coupés en petits morceaux et le combustible proprement dit est dissous dans des solutions d'acide afin de séparer l'uranium, le plutonium et les déchets (produits de fission). L'uranium et le plutonium peuvent ensuite être réintroduits dans le cycle du combustible ou être utilisé pour des usages militaires. Ce mécanisme de retraitement permet ainsi de récupérer des matières énergétiques et de limiter le volume des déchets.

La dernière étape du cycle enfin, c'est la gestion des déchets. Est appelé déchet nucléaire, toute matière dont la radioactivité ne permet pas un rejet direct dans l'environnement et dont on ne prévoit pas d'utilisation ultérieure dans l'industrie nucléaire. L'uranium est principalement dangereux en raison de la difficile gestion des déchets. En fait, la toxicité des déchets nucléaires dure des milliers d'années : si l'iode 131 ne met que huit jours pour perdre la moitié de sa radioactivité, il faut 24 000 ans pour le plutonium, 245 000 ans pour l'uranium 234 et 740 millions d'années pour l'uranium 235 ".


SAMUEL HUNTINGTON INTERVIEW SUR LE MOYEN ORIENT

Samuel Huntington : interview sur le Moyen Orient 6 avril 2007 « Les bases des alliances et des désalliances ont tout simplement changé de nature. Dans les décennies à venir, ce seront le patrimoineimages1.jpg culturel, la langue et la religion qui pèseront sur la politique internationale ». Samuel Huntington, inventeur du concept du « choc des civilisations » s’exprime sur la situation au Moyen-Orient. Le choc des civilisations à réviser Samuel P. Huntington, professeur de Harvard, est célèbre pour son livre publié en 1996 « Le Choc des civilisations ». Il a été interviewé par Amina R. Chaudary de magazine d’Islamica, sur la situation actuelle du Moyen-Orient. - Votre théorie sur le choc des civilisations discute cette politique globale qui résultent aujourd’hui des conflits situés en profondeur entre différentes cultures et religions. Cet par thèse, après le 11 septembre 2001, et la guerre contre le terrorisme est maintenant souvent défini en termes de la guerre de l’Occident contre l’Islam comme le choc fondamental.

Estimez-vous que votre thèse a été employée ou abusée depuis le 11 septembre 2001 ? Modifieriez-vous cette vision des choses, de quelque façon ?

Huntington - Ma vision est que les relations entre les pays dans les prochaines décennies seront les plus susceptibles du point de vue de leurs engagements culturels, leurs antagonismes culturels avec d’autres pays plutôt que d’autres facteurs. Il est tout à fait évidemment que le pouvoir continuera à jouer un rôle central dans la politique globale, comme il le fait toujours. Mais comme d’habitude, il y a d’autre chose derrière des conflits. Au XVIIIème siècle en Europe, les issues ont largement impliqué des questions de monarchie contre les mouvements républicains naissants, d’abord en Amérique et puis en France. Au XIXème siècle, elle a impliqué des états s’identifiant par le nationalisme. Au XXème siècle, l’idéologie est venue à l’avant, en grande partie, mais pas exclusivement, en raison de la révolution russe. Nous avons eu le fascisme, le communisme et la démocratie libérale en concurrence les un avec les autres. La démocratie libérale est à être acceptée, dans la théorie au moins, partout dans le monde.

Ainsi la question est vraiment ce qui sera le centre central de la politique globale dans les prochaines décennies ?

Mes autres arguments portent sur les identités, les antagonismes et les affiliations culturels qui joueront non seulement un rôle, mais jouent un rôle important dans les relations entre les Etats.

-Vous avez écrit : "Pendant 45 ans, le rideau en fer était la ligne de division centrale en Europe. Cette ligne a déplacé plusieurs centaines de milles vers l’est. C’est maintenant la ligne séparant les peuples du christianisme occidental, d’une part, des peuples musulmans et orthodoxes de l’autre." Ne faisant pas une distinction si dichotome entre l’ouest et l’Islam, est-elle possible d’impliquer là une uniformité dans ces deux catégories ? N’ignore-t-elle pas cette réalité que les communautés islamiques existent dans le monde occidental aussi ?

Huntington - Cette implication est totalement erronée. Je ne propose pas que l’Occident soit uniforme. Évidemment, il y a des divisions dans l’Occident et des divisions dans le monde musulman. Il y a différentes sectes, différentes communautés, différents pays. Ainsi ni l’Islam ni l’Occident n’est pas du tout homogène. Je ne pense pas qu’on puisse penser en termes de deux blocs distincts. Mais il y a de vulgarisation dans tout ceci. Les gens parlent de l’Islam et de l’Occident. Vraisemblablement, cela a un certain rapport avec la réalité, et a une certaine signification. Naturellement, le noyau de cette réalité est dans les différences parmi les religions.

- Y a-t-il une réconciliation ou un point de convergence entre les deux côtés de ce nouveau "rideau en fer" ?

Huntington - Comme je viens de le dire, les deux côtés sont divisés. Les pays occidentaux collaborent avec les pays musulmans et vice versa. C’est une erreur de penser en termes de deux côtés homogènes à se confronter catégoriquement. La politique globale demeure extrêmement complexe et les pays ont de différents intérêts, qui les mèneront également en terme de coopération avec des amis et des alliés plutôt douteux. Les Etats-Unis ont coopéré et coopèrent toujours avec de diverses dictatures militaires dans le monde. Évidemment, nous préférerions qu’ils soient démocratisés, mais nous les faisons parce que nous avons des intérêts nationaux, si cela fonctionne avec le Pakistan ou l’Afghanistan ou qui que ce soit. -

Vous avez écrit que pendant que la civilisation est en évolution aux Etats-Unis, elle tend vers le libéralisme démocratique comme idéologie.

Huntington - cela a été toujours l’idéologie des Etats-Unis. Depuis la révolution du XVIIIème siècle, les Etats-Unis ont fondamentalement eu cette idéologie de démocratie et de constitutionalisme libéral. Je parle de la croyance et des valeurs américaines.

Quand vous utiliser le mot « idéologie », les gens pensent tout de suite au communisme, qui était lui aussi une idéologie. Vous lisez le Manifeste communiste et vous savez ce qu’est à l’origine de cette idéologie.

Aux Etats-Unis, ce que nous avons est un ensemble plus hétérogène de valeurs et de croyances, qui ont subsisté pendant plus de deux siècles. Évidemment, les changements et les adaptations se sont produits en raison du développement économique, l’industrialisation, l’afflux des immigrés qui sont venus aux Etats-Unis, la crise économique et deux guerres mondiales. Mais l’origine des croyances américaines n’a pas changé, et elle nous semble encore bien familière.

- Dans un monde où le libéralisme démocratique gagne du terrain au moins en théorie, quelle sera la place que l’on pourrait accorder au monde musulman ?

Huntington - Nous avons constaté au moins un commencement plus ou moins profond des évolutions sociales et économiques dans le monde musulman. Et à mon avis, cela aboutira au moment opprotun aux évolutions politiques dans les pays musulmans. Évidemment, les sociétés musulmanes, comme les autres sociétés, deviennent de plus en plus urbaines et de plus en plus industrialisées. Mais puisqu’un certain nombre d’Etats musulmans ont des richesses naturelles en gaz et en pétrole, ils ne manifestent pas une grande impulsion pour le changement. En même temps, les revenus pétroliers leur donne leur la possibilité au changement. Les pays comme l’Iran commencent à développer leurs infrastructures industrielles.

- Pensez-vous que « la civilisation islamique » deviendra de plus en plus une entité ou un bloc important à l’avenir ?

Huntington - Evidemment, nous avons constaté des mouvements dans ce sens. Mais je ne crois pas qu’il y aura une importante et une véritable concordance parmi les sociétés musulmanes. Mais je pense que nous pouvons nous attendre à ce que les chefs des sociétés musulmanes coopèrent les uns avec les autres dans plusieurs domaines, tout comme les sociétés occidentales qui coopèrent ensemble dans beaucoup de dossiers. Je n’exclus pas la possibilité que des pays arabes et musulmans puissent développer une certaine forme d’organisation commune comparable à l’union européenne. -

Vous avez écrit : « La culture islamique est responsable, dans la grande partie, du manque de la démocratie dans une grande partie du monde musulman. » Pourtant, plusieurs pays musulmans comme l’Indonésie, la Malaisie, le Sénégal ou l’Inde qui a une grande population musulmane ont des régimes démocratiques. Y a-t-il vraiment un rapport, dans ce sens, entre la culture islamique et la démocratie ?

Huntington - Je ne sais pas comment répondre à cette question, car je ne suis pas un expert en Islam, mais ce qui me frappe est de voir la lenteur relative avec laquelle les pays musulmans, en particulier les pays arabes, marchent vers la démocratie. Leur acquis culturel et leurs idéologies peuvent être en partie responsable de ce problème. L’expérience du colonialisme peut expliquer en partie ce problème, car cette expérience amène les pays musulmans à se méfier de l’Occident, de la domination anglaise, française, etc. Certains de ces pays étaient essentiellement des sociétés rurales. Je pense qu’ils marchent vraiment vers l’urbanisation et les systèmes politiques beaucoup plus pluralistes. Dans presque tous les pays musulmans, cela se produit. Évidemment, ils développement leurs coopération avec des sociétés de non musulmans. Un aspect principal qui influencera la démocratisation, naturellement, est l’immigration des musulmans dans l’Europe.

- Que pensez-vous des récentes déclarations de votre collègue Stephen Walt de l’Université Harvard, et de John Mearsheimer de l’Université de Chicago, qui ont dit que la politique étrangère des Etats-Unis est d’une manière disproportionnée affectée par les lobbies pro-israéliens ? Etes-vous d’accord avec eux ?

Huntington - Je pense que c’est un argument qu’il faut prendre au sérieux. Ils ne sont pas de vrais polémistes. Je ne suis pas entièrement persuadé par leur argument, mais ce qui attire mon attention c’est le terme « d’une manière disproportionnée ». Je ne sais pas comment le juger. La politique étrangère des Etats-Unis, dans tous les domaines, est effectuée par les groupes ethniques économiques ou régionaux. Il y a un lobby irlandais qui exerce son influence sur la politique étrangère des Etats-Unis depuis un siècle et demi, et qui a créé parfois des difficultés dans les relations entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Il y a d’autres lobbies, ce qui veut dire que le lobby pro-israélien n’est pas unique dans son genre. La différence qui existe c’est que ce lobby se concentre sur un sujet unique : la survie d’Israël et la promotion des aides accordées à Israël. - Est- ce que vous êtes de ceux qui voient dans le conflit arabo-israélien la principale source de tension au Moyen Orient ?

Huntington - Il est clair que ce conflit n’a cessé de s’amplifier ces dernieres années et que ses impacts se font sentir un peu partout en Egypte, au Liban en Irak et ailleurs. Sur le plan stratégique, il est difficile de prévoir quel sera le pays de la région qui parviendra à s’imposer en tant que puissance hégémonique. Pour l’Amérique du sud, nous avons le Brésil. An Afrique, ce sera sans doute l’Afrique du sud. En Afrique centrale, en Asie de l’est et en Asie du sud, les futures puissances emergeantes seront respectivement le Nigeria, la future puissance emergente.

Mais quel va être le pays du Moyen Orient capable de faire pendant aux géants que je viens de citer ?

Il est vrai qu’Israel dipose de multiples potentialités. Il détient un arsenal atomique, le plus puissant de toute la région. Mais Israel est un état minuscule. Toutes les autres nations du Moyen Orient sont musulmanes et non israéliennes. Vu sous cet angle, Isreal n’est pas à même de devenir une superpuissance. L’Iran est aussi une possibilité, bien qu’il soit chiite et opposé en cela à la majorité des arabes qui sont, eux, sunnites. A premiere vue, cela pose ou peut poser un problème. Il y a aussi le fait tout simple que l’Iran est un pays non arabe dans une région où l’arabité est un critère identitaire. Viendra ensuite la Turquie, état important mais non arabe, elle, non plus et qui a de surcroit de multiples intérêts territoriaux et pétrogaziers au nord de l’Irak intérêts qui la poussent à se défendre contre toute tentative sessessioniste.

Quels sont donc les chances pour qu’un pays arabe joue à l’avenir un role de premier plan à l’échelle de la région ?

Je ne saurais pas le dire. L’Arabie saoudite est un pays riche mais relativement peu peuplé. L’Irak avec ses vastes ressources et ses nombreux élites était un dirigeant potentiel mais il a pris le mauvais chemin. Peut-être qu’il finira un jour par faire la marche arrière et redevenir l’espoir arabe. Ce me semble une hypothese tout a fait plausible.

- De nombreux analystes voient en Turquie un pont entre le monde de l’Islam et l’Occident. Qu’en pensez-vous ?

Huntington - Cette thèse ne séduit pas tellement. La Turquie défend ses propres intérêts ; elle a longtemps été cette puissance conquérante qui a colonisé les arabes et contre qui ces derniers se sont battus. Bien sûr, il s’agit là des réalités qui appartiennent à l’Histoire et qui ne joueront pas forcément en faveur ou en défaveur de ce qui se produira à l’avenir. Mais n’oublions pas que ces faits historiques ont durablement marqué l’esprit des gens au Moyen Orient.

- L’émergence d’une puissance régionale s’inscrit-elle dans le sens des intérêts des Etats Unis ?

Huntington - Cela dépend du pays qui revendiquera ce statut de leader. Du point de vue stratégique, il sera plus facile pour les Etats Unis de marchander avec une seule superpuissance. Les Américains pourront par exemple aller en Inde et dire à ses dirigeants : au Bangladesh, il y a tel ou tel problème et vous devez faire quelque chose ; ou qu’est-ce que nous pourrons faire ensemble pour jeter les bases d’une politique commune ? . Mais en absence d’une puissance de taille et de stature de l’Inde, il faudra à l’Amérique d’aller d’une capitale à l’autre, de chercher à faire des alliances, tache qui, du reste, est loin d’être facile. Surtout au Moyen Orient où les pays partagent un passé marqué par toute sorte de rivalités, éthniques et religieuses entre autre.

- Amartia Senn, votre collègue à l’Université d’Harward critique votre théorie du clash des civilisations ; il dit que l’identité n’est pas la fin de l’histoire et que chacun est libre de choisir, de forger sa propre identité. Senn estime que votre théorie du clash miniaturise l’humanité, l’atomise en de petits fragments identitaires, bons à ranger dans des boites nommés "civilisation". Qu’est que vous pensez des citoyens qui ont à la fois plusieurs nationalités ?

Huntington - je crois que ce jugement est totalement faux. Je n’ai jamais rien dit de tel. Je sais bien qu’il y a des gens multiidentitaires. Ce que je dis dans mon livre est simple : les bases des alliances et des désalliances ont tout simplement changé de nature. Dans les décennies à venir, ce seront le patrimoine culturel, la langue et la religion qui pèseront sur la politique internationale. Ma théorie remonte à une dizaine d’années et au regard des faits, elle ne s’est toujours pas démentie.

- Comment peut-on discuter avec les gens multiidentitaires, par exemple avec un musulman ou un juif qui vit aux Etats Unis et qui a à la fois deux identités, religieuse et américaine ? Comment faut-il s’y prendre ?

Huntington - En bien il faudrait arriver à une entente, entente à laquelle ces gens là sont aujourd’hui arrivés au terme de deux ou trois siécles d’efforts d’adaptation. Lorsque les flux migratoires s’intensifient et que le nombre de minorités ratiales et religieuses se multiplie, de nouvelles règles, de nouvelles langues apparaissent. La société d’accueil doit reconnaitre à ses minorités le droit de jouir d’une certaine autonomie dans le domaine des pratiques religieuses, linguistiques. Le problème des races renvoit souvent aux questions liées à la langue. Il faut savoir jusqu’où ces minorités pourront aller dans la pratique de leur langue maternelle ou quels sont les critères qui permettent de qualifier un pays de mono ou bilinguiste.

- A votre avis de quelle maniere le fondamentalise- l’idée qui consiste a primer une identité aux dépens des autres- influe-t-elle aujourd’hui sur la politique internationale ? Croyez-vous en l’existence d’un fondamentalisme de nature islamique ou ce phénome peut-il se rencontrer dans n’importe quelle religion ?

Huntington - Je suis totalement d’accord avec votre définition du fondamentalisme. Le fondamentalisme signifie le fait de donner la priorité à une identité, à une civilisation, à une culture et de la juger supérieure aux autres. Il va de soi que le fondamentalisme a depuis toujours existé et qu’il n’est pas propre à un espace géographique particulier. Ici aux Etats Unis, nous avons eu nous aussi nos fondamentalistes qui se sont longtemps opposés à l’immigration, au brassage de notre culture avec celle des autres. Ces tendances extremistes sont universelles. Mais le problème surgit à partir du moment où ces tendances ne sont plus contrôlées et qu’elles se transforment en force motrice au sein d’une société. Une telle société risque de voir les libertés de ses citoyens, de ses minorites se rétrécir. Il se peut meme que cette société déclare la guerre aux autres et qu’elle cherche à leur imposer ses idées, ses manières d’être.

- Pourquoi les tensions interéthnique sont plus palpables en Europe qu’aux Etats Unis, j’entend les tensions qui opposent les musulmans aux autres communautés ?

Huntington - le premier point est sans doute le poids numérique des Musulmans. Ces derniers sont peu nombreux aux Etats Unis au contraire de l’Europe où ils ont une présence plus massive. Le second est que les musulmans ne sont pas arrivés en Amérique à pieds ou à bord des bateaux de fortune ; ils ont traversé des milliers de kilomètres pour venir ici.

Les Etats Unis n’ont pas de frontières communes avec les états musulmans. Mais l’Europe en a. La différence fondamentale réside justement dans ce point. Comment oserait-on comparer la situation des musulmans européens avec celle de nos hispaniques ?

Les deux cas ne sont tout simplement pas comparables. les Etats Unis ont été et resteront un pays d’immigration. Les hispaniques qui y arrivent sont tous catholiques, une religion que les Américains pratiquent ou reconnaissent. Un tiers de notre population est catholique. Donc les hispanqiues ne causent pas les mêmes disharmonies que les Arabes d’Europe. Nos immigrants viennent non pas de l’autre bout du monde, mais tous simplement des pays limitrophes. Il est vrai que l’immigration aux Etats Unis n’est pas allé sans créer des difficultés mais nous sommes encore trop loin de la situation que connait l’Europe où des religions antagonistes entrent en conflit.


ISLAM ET OCCIDENT , Samuel Huntington

images.jpg Considéré comme le politologue américain le plus créatif de la génération des Kissinger, Samuel P. Huntington est ancien conseiller de Jimmy Carter, professeur émérite de relations internationales à Harvard et cofondateur de la revue Foreign Policy. Prophète du « choc des civilisations », il publie le 27 mai prochain un ouvrage qui fait déjà scandale, sous le titre « Who Are We ? » (Qui sommes-nous ?), dans lequel il accuse les élites globalisées américaines d’avoir renié les valeurs anglo-saxonnes. Huntington appartient à la fine fleur de l’élite bostonienne. Libéral et démocrate, il incarne, à 77 ans, la résistance de la Nouvelle-Angleterre, blanche et puritaine, face au déclin de l’Occident et aux ravages du multiculturalisme.

 

 

Le Point : Il y a dix ans, dans un article publié dans la revue « Foreign Affairs », vous annonciez une guerre imminente entre l’Islam et l’Occident. Après le 11 septembre 2001 et la contre-attaque américaine au Moyen-Orient, la guerre est-elle déclarée ?

Samuel P. Huntington : Je n’ai pas prévu la guerre. J’ai prévu un choc entre les civilisations. Ce que j’ai analysé, c’est le risque de multiplication et de propagation de conflits frontaliers un peu partout dans le monde, provoqués par des tensions de nature ethnique, tribale et religieuse entre les différentes civilisations. En particulier, un choc entre le monde musulman et le monde occidental, Amérique et Europe réunies, m’est apparu comme une des lignes de fracture les plus probables. De ce point de vue, la révolution iranienne en 1979 peut être considérée comme le début d’une guerre larvée entre les civilisations occidentale et musulmane. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est l’aboutissement dramatique de ce processus : un choc majeur entre l’Islam et l’Occident qui est en train de déstabiliser le monde.

Quelles en sont les caractéristiques ?

Le conflit s’est étendu au niveau global, avec un petit groupe d’islamistes organisés en réseaux qui frappent systématiquement les intérêts occidentaux et qui se sont implantés dans les sociétés ennemies. Cette mondialisation du choc Islam-Occident a été annoncée tout au long des années 90 par la multiplication des conflits locaux dans lesquels on a vu différentes communautés musulmanes chercher à s’émanciper des pays non musulmans. Ce fut le cas au Kosovo, en Bosnie, en Tchétchénie ou au Cachemire. Ce fut le cas aussi, en 2000, avec le tournant de la seconde Intifada dans le conflit israélo-arabe.

Avec l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak, les Américains ont créé un foyer de propagation globale du choc entre Islam et Occident, dont ils seront les premiers à subir les conséquences. Pourquoi votre analyse n’a-t-elle pas été prise au sérieux par les Occidentaux ?

Dans les années 90, l’Occident vivait dans les lendemains radieux de la guerre froide. Le choc des civilisations est apparu à l’époque comme une image extrême qui annonçait le retour de la barbarie. Je comprends très bien d’ailleurs cette réaction. La plupart des leaders politiques, en Amérique et en Europe, étaient optimistes. Ils partageaient l’idée d’un nouvel ordre harmonieux, où le monde, converti à la liberté après la chute du mur de Berlin, allait embrasser les valeurs de démocratie, adhérer à la culture libérale et moderne occidentale. Mais toute cette vision s’est révélée totalement fausse. Vous n’avez pas non plus été écouté sur la guerre en Irak... Cette guerre a été une très mauvaise idée. Ce que j’ai dit avant le début du conflit, c’est que, si les Américains pénétraient en Irak, il y aurait deux guerres. La première, contre Saddam Hussein, contre son régime, son armée et ses officiers. Cette guerre serait gagnée en un mois et demi. La seconde, ce serait celle contre les Irakiens. Elle a commencé depuis la chute de la dictature, et elle a éclaté au grand jour avec la révolte des sunnites dans la ville de Fallouja. Cette guerre-là, les Américains ne la gagneront jamais. Votre position antiguerre a surpris, car vous êtes un farouche défenseur des valeurs occidentales.

L’intervention en Irak n’est-elle pas la réponse des néoconservateurs au choc des civilisations, pour montrer au monde arabo-musulman qu’il a droit lui aussi à la démocratie et à la prospérité ?

Je crois aux valeurs occidentales et à la nécessité de préserver ce que nous sommes. Je crois aussi à la nécessité de défendre les droits de l’homme et d’encourager la diffusion des idées libérales. Mais il faut être réaliste : l’Occident ne domine plus le monde comme au lendemain de la Première Guerre mondiale. La civilisation musulmane, en particulier, constitue un bloc idéologique qui force l’Occident à abandonner toute prétention à l’universalisme. Nous devons reconnaître que des grandes civilisations comme la Chine ou le monde arabo-musulman accèdent au devant de la scène sans partager nos valeurs, qu’elles se développent et se renforcent à leur propre rythme et selon leurs propres orientations. Leur imposer un changement de régime n’est ni souhaitable ni possible. Notre marge de manoeuvre et notre intérêt consistent plutôt à miser dans ces pays sur l’évolution progressive des élites en place. Face à l’Islam, le camp occidental fait preuve de divisions inquiétantes... L’Occident peut sauver l’essentiel si l’Amérique évite de prendre des positions extrêmes et adopte une politique de coopération étroite avec l’Europe. Il faut éviter à la fois les écueils de l’unilatéralisme et du multilatéralisme. Dès 1996, j’ai écrit que le choc Islam-Occident aura pour corollaire la division du camp occidental, que les désaccords éventuels entre l’Europe et les Etats-Unis sont autant d’encouragements à l’expansionnisme islamique. L’Europe et les Etats-Unis présentent de grandes différences. En termes de puissance, mais aussi en termes de culture : l’Amérique est un peuple religieux, l’Europe ne l’est pas. Mais elles partagent la même identité occidentale et ont un intérêt commun à la conserver. Je pense pour ma part qu’au début de 2003 les différends transatlantiques sur la question irakienne auraient pu être réglés dans l’intérêt même du camp occidental.

L’opposition de la France et de l’Allemagne, d’un côté, et des Etats-Unis, de l’autre, est un échec de l’Occident. Le bloc islamique peut-il se stabiliser ?

L’un des grands problèmes avec le monde musulman, c’est qu’il est divisé et qu’il n’a pas, comme la Chine au sein du monde asiatique, un Etat qui exerce le rôle de puissance régionale. L’Egypte, le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, l’Iran et la Turquie sont tous des candidats virtuels à ce poste, mais ils se font concurrence. C’est dommage pour l’Islam et pour le reste du monde.

Vous citez la Turquie. Est-ce une erreur de vouloir la faire entrer dans l’UE ? Beaucoup pensent à juste titre en Europe que l’Union politique ne résistera pas à l’entrée de 70 millions de musulmans. La plupart des leaders européens, en privé, sont contre l’entrée de la Turquie en Europe. Valéry Giscard d’Estaing s’est prononcé contre. Je crois qu’il serait souhaitable que la Turquie fasse le choix d’appartenir au bloc islamique, qu’elle accepte de renouer pleinement avec son héritage musulman, que le régime laïque mis en place par Atatürk a voulu éradiquer sans y parvenir. La Turquie est un pays musulman solide, bien administré, avec une armée efficace et une démocratie qui fonctionne plutôt bien. Elle serait le candidat idéal pour donner au monde musulman un leader. Vous abordez la question de la dissolution de l’identité nationale par les minorités ethniques. Quelle est votre opinion sur la communauté musulmane en Europe ?

J’ai toujours été favorable à l’immigration à partir du moment où elle est assimilée. L’Amérique a une longue tradition d’intégration. Mais nous avons aujourd’hui à faire face au défi de l’immigration en provenance du Mexique, qui tend à remettre en question la prédominance de la culture anglo-protestante sans laquelle l’assimilation culturelle des immigrés n’est pas possible. Si cela continue, l’Amérique va devenir un pays bilingue et biculturel comme la Belgique ou le Canada. Le communautarisme musulman en Europe est un problème différent parce qu’il touche des communautés qui ne sont pas de culture occidentale et qu’il remet en question l’identité chrétienne de l’Europe. Mais il est aussi similiaire en ce qu’il met à l’épreuve la capacité d’intégration de la culture fondatrice des pays d’accueil.

Très critique sur le multiculturalisme des années Clinton, vous prônez une politique d’assimilation assez proche du modèle français. L’interdiction du voile islamique dans les écoles est-elle une bonne mesure ?

J’ai une grande admiration pour le modèle français, et je comprends la logique de cette interdiction. Mais je crois que le voile reste un sujet secondaire. Il y a des réalités beaucoup plus préoccupantes dans les ghettos urbains où les immigrés d’Afrique du Nord, à majorité musulmane, n’ont pas de travail et ne sont pas intégrés. C’est dans ces ghettos que se pose un problème politique avec les musulmans et que la culture française peut être remise en question.

* Prophète du « choc des civilisations », ce professeur de 77 ans incarne la résistance au déclin des valeurs occidentales. Propos recueillis par Sébastien Fumaroli


THE CLASH OF CIVILISATIONS, Samuel Huntington

Summary: World politics is entering a new phase, in which the great divisions among humankind and the dominating source of international conflict will be cultural. Civilizations-the highest cultural groupings of people-are differentiated from each other by religion, history, language and tradition. These divisions are deep and increasing in importance. From Yugoslavia to the Middle East to Central Asia, the fault lines of civilizations are the battle lines of the future. In this emerging era of cultural conflict the United States must forge alliances with similar cultures and spread its values wherever possible. With alien civilizations the West must be accommodating if possible, but confrontational if necessary. In the final analysis, however, all civilizations will have to learn to tolerate each other.

THE NEXT PATTERN OF CONFLICT

 

World politics is entering a new phase, and intellectuals have not hesitated to proliferate visions of what it will be-the end of history, the return of traditional rivalries between nation states, and the decline of the nation state from the conflicting pulls of tribalism and globalism, among others. Each of these visions catches aspects of the emerging reality. Yet they all miss a crucial, indeed a central, aspect of what global politics is likely to be in the coming years. It is my hypothesis that the fundamental source of conflict in this new world will not be primarily ideological or primarily economic. The great divisions among humankind and the dominating source of conflict will be cultural. Nation states will remain the most powerful actors in world affairs, but the principal conflicts of global politics will occur between nations and groups of different civilizations. The clash of civilizations will dominate global politics. The fault lines between civilizations will be the battle lines of the future. Conflict between civilizations will be the latest phase in the evolution of conflict in the modern world. For a century and a half after the emergence of the modern international system with the Peace of Westphalia, the conflicts of the Western world were largely among princes-emperors, absolute monarchs and constitutional monarchs attempting to expand their bureaucracies, their armies, their mercantilist economic strength and, most important, the territory they ruled. In the process they created nation states, and beginning with the French Revolution the principal lines of conflict were between nations rather than princes. In 1793, as R. R. Palmer put it, "The wars of kings were over; the wars of peoples had begun." This nineteenth-century pattern lasted until the end of World War I. Then, as a result of the Russian Revolution and the reaction against it, the conflict of nations yielded to the conflict of ideologies, first among communism, fascism-Nazism and liberal democracy, and then between communism and liberal democracy. During the Cold War, this latter conflict became embodied in the struggle between the two superpowers, neither of which was a nation state in the classical European sense and each of which defined its identity in terms of its ideology. These conflicts between princes, nation states and ideologies were primarily conflicts within Western civilization, "Western civil wars," as William Lind has labeled them. This was as true of the Cold War as it was of the world wars and the earlier wars of the seventeenth, eighteenth and nineteenth centuries. With the end of the Cold War, international politics moves out of its Western phase, and its centerpiece becomes the interaction between the West and non-Western civilizations and among non-Western civilizations. In the politics of civilizations, the peoples and governments of non-Western civilizations no longer remain the objects of history as targets of Western colonialism but join the West as movers and shapers of history.


HAS HISTORY RESTARTED SINCE 11 SEPTEMBRE, Francis Fukuyama

fukuyama.jpgI would like to begin by expressing my gratitude to The Centre for Independent Studies and its director, Greg Lindsay, for inviting me to Australia and giving me the opportunity to deliver the prestigious Bonython Lecture. I follow in a line of extraordinarily distinguished lecturers, and am humbled by the expectations they have established. I would also like to express a special word of gratitude to Owen Harries, who, early on in his tenure as editor of The National Interest, encouraged me to write the article that eventually became ‘The End of History?’. It was he who gave it prominence and encouraged debate over it, and the rest, as they say, is history. Like many Americans, I have been preoccupied since September 11 trying to understand the meaning of this event and how the world has changed as a result of it. An accounting has been demanded of me in particular, since I argued 12 years ago that we had reached the ‘end of history’. September 11 would seem to qualify, prima facie, as an historical event, and the fact that it was perpetrated by a group of Islamic terrorists who reject virtually all aspects of the modern, Western world, lends credence, at least on the surface, to Samuel Huntington’s ‘clash of civilisations’ hypothesis. I have developed a standard answer to this challenge, which incidentally will not be the subject of my talk tonight. The standard answer goes something like this. The ‘end of history’ hypothesis was about the process of modernisation. Progressive intellectuals around the world spent much of the last century and a half believing that historical progress would result in an evolution of modern societies toward socialism. In more recent years, they have held that societies could modernise and yet remain fundamentally different culturally. My hypothesis was that there was such a thing as a single, coherent modernisation process, but that it led not to socialism or to a variety of culturally-determined locations, but rather to liberal democracy and market-oriented economics as the only viable choices. The process of modernisation was, moreover, a universal one that would sooner or later drag all societies in its train. Understood in this fashion, September 11 represents a real challenge, but not an ultimately convincing one. Osama bin Laden, al-Qaeda, the Taliban, and radical Islamism more generally, do in fact represent ideological challenges to Western liberal democracy that are in certain ways sharper than those offered by Communism. But in the long run, it is hard to see that Islamism offers much of a realistic alternative as a governing ideology for real world societies. Not only does it have limited appeal to non-Muslims; it does not meet the aspirations of the vast majority of Muslims themselves. In the countries that have had recent experience of living under an actual Muslim theocracy—Iran and Afghanistan—there is every evidence that it has become extremely unpopular. Thus, while fanatical Islamists armed with weapons of mass destruction pose a severe threat in the short-run, the longer-term challenge in the battle of ideas is not going to come from this quarter. September 11 represents a serious detour, but in the end modernisation and globalisation will remain the central structuring principles of world politics. I want, however, to explore another important issue that is related to the question of the end of history that has been raised by events since September 11, namely, whether the ‘West’, which was in my earlier account the ultimate goal of the historical process, is really a coherent concept, and whether the United States and its foreign policy might themselves become the central issues in international politics. Reactions to September 11 In the immediate aftermath of September 11, the French sociologist Jean Baudrillard published a long piece in Le Monde in which he argued that ‘Ultimately, it is they [i.e., the terrorists] who’ve done the deed, but it is we who have wanted it. . . . Terrorism is immoral, and it responds to a globalisation that is itself immoral.’ His image is one of France, and Europe more generally, as a island of civilisation caught in a struggle between two morally equivalent fundamentalisms, that of the United States and of the radical Islamists. Baudrillard does not, of course, speak for all Frenchmen, and his piece was quickly denounced in Le Monde by Alain Minc who said that it reflected ‘the French intelligensia’s traditional inability to recognise that a hierarchy of values exists’. But Baudrillard’s view, while phrased in an offensive way unique to French intellectuals, represents more of an undercurrent in Europe than many Americans realise or are inclined to admit. The idea that the United States was only getting what it deserved in the Word Trade Center/Pentagon attacks was a far from uncommon view, not just in Europe but in many other parts of the world. There was, of course, a large, spontaneous outpouring of support for the United States and for Americans around the world after September 11, with European governments lining up immediately to help the US prosecute its ‘war on terrorism’. But with the demonstration of total American military dominance that came with the successful rousting of al-Qaeda and the Taliban from Afghanistan, new expressions of anti-Americanism began to pour forth. After President Bush’s denunciation of the ‘axis of evil’ in his late January State of the Union address, it was not just European intellectuals but European politicians and publics more generally that began to criticise the United States on a wide variety of fronts. According to Will Hutton, the Labourite journalist, Britain’s US ally is ‘not the same good America . . . that reconstructed Europe and led an international liberal economic and social order’(1) Rather, it had been taken over by a group of crazed conservatives and was now the chief source of global instability. In France, a book became a bestseller arguing that September 11 was not the work of Muslim extremists but of a cabal of conservatives within the US government. (2) According to one poll, some 30 percent of French people regard the United States as France’s chief enemy. While many Americans regard September 11 as a broad attack on Western civilisation, Europeans are much more likely to regard it as a response to specifically American policies, representing a risk from which they are largely immune. What is going on here? The end of history was supposed to be about the victory of Western, not simply American, values and institutions. The Cold War was fought by alliances based on shared values of freedom and democracy. And yet an enormous gulf has opened up in American and European perceptions about the world, and the sense of shared values is increasingly frayed. Does the concept of the ‘West’ still make sense in the first decade of the 21st century? Is the fracture line over globalisation actually a division not between the West and the Rest, but between the United States and the Rest? And where will Australia fit in such a divided world? It is historically tied more closely to Europe than to America, but as a land of new settlement it shares many characteristics with the United States. It is situated, moreover, in a part of the world in which American power and influence matter greatly in the maintenance of peace and an open international trading order. In my view, the idea of the West remains a coherent one, and that there remain critical shared values, institutions, and interests that will continue to bind the world’s developed democracies, and Europe and the United States, in particular. But there are some deeper differences emerging between Western democracies that will be highly neuralgic in America’s dealings with the world in the coming years that need critical attention by policymakers and by, yes, statesmen. The nature of the rift between America and its allies In the remainder of this lecture I will refer repeatedly to differences between Europe and the United States. But it should be kept in mind that ‘Europe’ in this context is more of a placeholder for global attitudes critical of American foreign policy. Europeans, of course, are themselves divided in their views of the US; the views I characterise as typical of them are often broadly representative of left-of-centre opinion in a variety of countries around the world, including Australia and New Zealand. Asian countries from Japan to Malaysia have voiced similar misgivings about American unilateralism in the wake of September 11. Some views, however, related to the need to devolve sovereignty to supranational organisations, are peculiar to the historical experience of members of the European Union. The ostensible issues raised in the US-European disputes since the ‘axis of evil’ speech for the most part revolve around alleged American unilateralism and international law. There is by now a familiar list of European complaints about American policy, including but not limited to the Bush Administration’s withdrawal from the Kyoto Protocol on global warming, its failure to ratify the Rio Pact on biodiversity, its withdrawal from the ABM treaty and pursuit of missile defence, its opposition to the ban on land mines, its treatment of al-Qaeda prisoners at Guantanamo Bay, its opposition to new provisions of the biological warfare convention, and most recently its opposition to the International Criminal Court. The most serious act of US unilateralism in European eyes concerns the Bush Administration’s announced intention to bring about regime change in Iraq, if necessary through a go-it-alone invasion. The axis of evil speech did indeed mark a very important change in American foreign policy from deterrence to a policy of active preemption of terrorism. This doctrine was further amplified in Bush’s West Point speech in June, in which he declared ‘the war on terror will not be won on the defensive. We must take the battle to the enemy, disrupt his plans, and confront the worst threats before they emerge. In the world we have entered, the only path to safety is the path of action.’ The European view is that Europe is seeking to create a genuine rule-based international order suitable to the circumstances of the post-Cold War world. That world, free of sharp ideological conflicts and large-scale military competition, is one that gives substantially more room for consensus, dialogue, and negotiation as ways of settling disputes. They are horrified by the Bush Administration’s announcement of a virtually open-ended doctrine of preemption against terrorists or states that sponsor terrorists, in which the United States and the United States alone decides when and where to use force. In Europe, the nation-state to an increasing extent has been dissociated from military power, despite the fact that the modern state built on centralised power was born on that continent. Robert Kagan, in a brilliant recent article in Policy Review, (3) put the current difference between the United States and Europe as follows. The Europeans are the ones who actually believe they are living at the end of history, that is, in a largely peaceful world that to an increasing degree can be governed by law, norms, and international agreements. In this world, power politics and classical realpolitik have become obsolete. Americans, by contrast, think they are still living in history, and need to use traditional power-political means to deal with threats from Iraq, al-Qaeda, and other malign forces. According to Kagan, the Europeans are half right: they have indeed created an end-of-history world for themselves within the European Union, where sovereignty has given way to supranational organisation. What they don’t understand, however, is that the peace and safety of their European bubble is guaranteed ultimately by American military power. Absent that, they themselves would be dragged backwards into history. Is the rift genuine? This, at least, is the popularly accepted account of American unilateralism and European emphasis on international law and institutions. We need to ask, however, whether it is in fact accurate, and whether the US has consistently been more unilateralist than Europe. The truth of the matter here is far more complicated, with the differences between the US and Europe being much more nuanced. Liberal internationalism, after all, has a long and honoured place in American foreign policy. The United States was, after all, the country that promoted the League of Nations, the United Nations, the Bretton Woods institutions, the GATT/WTO, and a host of other international organisations. There are a huge number of international governance organisations in the world today in which the US participates as an active, if not the most active member, from standards-setting, nuclear power safety, and scientific cooperation, to aviation safety, bank settlements, drug regulation, accounting standards/corporate governance, and telecommunications. It is useful here to make a distinction between those forms of liberal internationalism that are primarily economic, and those that have a more political or security dimension. Particularly in recent years, the United States has focused on international institutions that have promoted international trade and investment. It has put substantial effort into creating a rule-based international trade and investment regime with stronger and more autonomous decision-making authority. The motives for this are obvious: Americans benefit strongly from and indeed dominate the global economy, which is why globalisation bears a ‘made in the USA’ label. In the realm of economics, the Europeans don’t have all that great a record with regard to respect for multilateral rules when compared to the United States. They have been on their high horse this year because of American actions with regard to steel and agricultural subsidies, and they are right to complain about American hypocrisy with regard to free trade. But this I regard as kind of normal hypocrisy: all countries act in contradiction of declared free trade principles, and the Europeans have been notorious for among other things agricultural subsidies maintained at higher levels and over longer periods of time than American ones. America is guilty only of the most recent outbreak of hypocrisy. And in any event, the American administration can argue that its backsliding on trade was a tactical retreat undertaken for the sake of Trade Promotion Authority (TPA), which was in fact granted by the US Congress in early August. With TPA the Bush Administration has announced an ambitious trade liberalisation agenda including the ending of agricultural subsidies, though at this point the agenda remains an unfulfilled promise. There are a number of areas where the Europeans have acted unilaterally in economic matters, and in ways that at times contravene the existing legal order. The EU resisted unfavourable decisions against them on bananas for nine years, and beef hormones for even longer. They have announced a precautionary principle with regard to genetically modified foods, which is very difficult to reconcile with the WTO’s sanitary and phytosanitary rules. Indeed, the Europeans have been violating their own rules with regard to GM foods, with certain member states setting standards different from those of the community itself. The European Competition Commission under Mario Monti successfully blocked the merger of GE and Honeywell when the deal had been approved by American and Canadian regulators, in ways that promoted suspicions that the EU was simply acting to protect specific European interests. Finally, the EU has succeeded in exporting its data privacy rules to the United States through its safe harbour arrangements. For all their talk of wanting to establish a rule-based international order, the Europeans haven’t done that well within the EU itself. As John van Oudenaren has argued, the Europeans have developed a decision-making system of Byzantine complexity, with overlapping and inconsistent rules and weak enforcement powers. (4) The European Commission often doesn’t have the power even to monitor compliance of member states with its own directives, much less the ability to make them conform. This fits with an attitude towards law in certain parts of Europe that sees declarative intent often of greater importance than actual implementation, and which Americans tend to see instead as undermining the very rule of law. It should be noted that Australia and New Zealand are actually in a much better position to criticise American hypocrisy on trade issues than are the Europeans, since neither one has anything like a Common Agricultural Policy or the clout to enforce safety or privacy rules unilaterally on other countries. Both countries, being highly dependent on agricultural exports, have been strong supporters of free trade in recent years and are particularly vulnerable to American agricultural subsidies. New Zealand in particular since the mid-1980s has moved to one of the lowest levels of agricultural protection of any country in the world. The second type of liberal internationalism has to do with politics and security. With the exception of the two environmental agreements (Rio and Kyoto), all of the US-European disputes in recent months have concerned security-related issues (the International Criminal Court may not seem like a security matter, but the reason that the United States does not want to participate in it is out of fear that its soldiers and officials may be held criminally liable by the Court in the conduct of their duties). It is in this realm that the tables are turned and European charges of American unilateralism are made. It is possible to overstate the importance of these disputes. A great deal of European irritation with the United States arises from stylistic matters, and from the Bush Administration’s strange failure to consult, explain, justify, and cajole in the manner of previous administrations. The administration could have let ratification of Kyoto languish in Congress as the Clinton administration did, rather than casually announcing withdrawal from the pact at a luncheon for NATO ambassadors. Europeans did not like the religious language of the ‘axis of evil’, nor the fact that this major policy shift was announced as it were on the fly without prior notification or explanation. The United States has had a consistent record of using strong-arm tactics to shape international agreements to its liking, and then to walk away from them at the last moment. This pattern goes all the way back to Woodrow Wilson and the League of Nations, and was continued in negotiations over the Rio Pact, Kyoto, and the International Criminal Court (ICC). Even if you are skeptical about the value of international institutions, it is not difficult to see why non-Americans might get a little irritated at this kind of behavior. The foregoing suggests that much of the European-American rift concerns style rather than substance. The Clinton administration talked a multilateralist game, while the Bush administration has at times asserted what amounts to a kind of principled unilateralism; in fact, policy between the two administrations doesn’t differ in substance all that much. Clinton may have signed the Kyoto and ICC treaties, but he knew he wouldn’t spend much political capital in a hopeless effort to get them through Congress. On the other hand, the US effort in Afghanistan made use of a reasonably broad coalition of forces. But while it is tempting to say the problem is simply stylistic, I think that it is fundamentally wrong. There is in fact a deeper issue of principle between the United States and Europe that will ensure that transatlantic relations will remain neuralgic through the years to come. The disagreement is not over the principles of liberal democracy, which both sides share, but over where the ultimate source of liberal democratic legitimacy lies. To put it rather schematically and over-simply, Americans tend not to see any source of democratic legitimacy higher than the constitutional democratic nation-state. To the extent that any international organisation has legitimacy, it is because duly constituted democratic majorities have handed that legitimacy up to them in a negotiated, contractual process. Such legitimacy can be withdrawn at any time by the contracting parties; international law and organisation have no existence independent of this type of voluntary agreement between sovereign nation-states. Europeans, by contrast, tend to believe that democratic legitimacy flows from the will of an international community much larger than any individual nation-state. This international community is not embodied concretely in a single, global democratic constitutional order. Yet it hands down legitimacy to existing international institutions, which are seen as partially embodying it. Thus, peacekeeping forces in the former Yugoslavia are not merely ad hoc inter-governmental arrangements, but rather moral expressions of the will and norms of the larger international community. One might be tempted to say that the stiff-necked defence of national sovereignty of the type practiced by Sen. Jesse Helms is a characteristic only of a certain part of the American Right, and that the Left is as internationalist as are the Europeans. This would be largely correct in the security-foreign policy arena, but dead wrong with regard to the economic side of liberal internationalism. That is, the Left does not grant the WTO or any other trade-related body any special status with regard to legitimacy. They are very suspicious of the WTO when it overturns an environment or labour law in the name of free trade, and are just as jealous of democratic sovereignty on these issues as Sen. Helms. Between these two views of the sources of legitimacy, I would say that the Europeans are theoretically right, but wrong in practice. They assert that they and not the Americans are the true believers in liberal universal values. It is in fact impossible to assert as a theoretical matter that proper liberal democratic procedure by itself inevitably results in outcomes that are necessarily legitimate and just. A constitutional order that is procedurally democratic can still decide to do terrible things to other countries that violate human rights and norms of decency on which its own democratic order is based. Indeed, it can violate the higher principles upon which its legitimacy is based, as Lincoln argued was the case with slavery. The legitimacy of its actions are not in the end based on democratic procedural correctness, but on the prior rights and norms which come from a moral realm higher than that of the legal order. The problem with the European position is that while such a higher realm of liberal democratic values might theoretically exist, it is very imperfectly embodied in any given international institution. The very idea that this legitimacy is handed downwards from a willowy, disembodied international level rather than handed upwards from concrete, legitimate democratic publics on a nation-state level virtually invites abuse on the part of elites who are then free to interpret the will of the international community to suit their own preferences. The second important practical problem with the European position is that of enforcement. The one power that is unique to sovereign nation-states and to them alone, even in today’s globalised world, is the power to enforce laws. Even if existing international laws and organisations did accurately reflect the will of the international community (whatever that means), enforcement remains by and large the province of nation states. A great deal of both international and national law coming out of Europe consists of what amount to social policy wish lists that are completely unenforceable. Europeans justify these kinds of laws saying they are expressions of social objectives; Americans reply, correctly in my view, that such unenforceable aspirations undermine the rule of law itself. The only way that this circle of theory and practice could be squared would be if there were genuine democratic government at a level higher than that of the nation-state. Such global democratic government could then be said to truly embody the will of the international community, while containing procedural safeguards to make sure that that will was not willfully misinterpreted or abused by various elites or interest groups. It would also presumably have enforcement powers that do not today exist, apart from the specific ad hoc arrangements made for peacekeeping and multilateral coalitions. Some Europeans may believe that the steady accumulation of smaller international institutions like the ICC or the various agencies of the United Nations will some day result in something resembling democratic world government. In my view, the chance of this happening is as close to zero as you ever get in political life. What will be practically possible to construct in terms of international institutions will not be legitimate or democratic, and what will be legitimate and democratic will not be possible to construct. For better or worse, such international institutions as we possess will have to be partial solutions existing in the vacuum of international legitimacy above the level of the nation-state. Or to put it differently, whatever legitimacy they possess will have to be based on the underlying legitimacy of nation-states and the contractual relationships they negotiate. Why do these differences exist? Robert Kagan in the article mentioned earlier provides a realpolitik explanation for US-European differences with regard to international law. The Europeans like international law and norms because they are much weaker than the United States, and the latter likes unilateralism because it is significantly more powerful than any other country or group of countries (like the EU) not just in terms of military power, but economically, technologically, and culturally as well. This argument makes a great deal of sense as far as it goes. Small, weak countries that are acted upon rather than influencing others naturally prefer to live in a world of norms, laws, and institutions, in which more powerful nations are constrained. Conversely, a ‘sole superpower’ like the United States would naturally like to see its freedom of action be as unencumbered as possible. But while the argument from the standpoint of power politics is correct as far as it goes, it is not a sufficient explanation of why the US and Europe, not to mention other countries around the world, differ. As noted above, the pattern of US unilateralism and European multilateralism applies primarily to security/foreign policy issues and secondarily to environmental concerns; in the economic sphere, the US is enmeshed in multilateral institutions despite (or perhaps because of) its dominance of the global economy. Moreover, to point to differences in power is merely to beg the question of why these differentials exist. The EU collectively encompasses a population of 375 million people and has a GDP of $9.7 trillion, compared to a US population of 280 million and a GDP of $10.1 trillion. Europe could certainly spend money on defence at a level that would put it on a par with the United States, but it chooses not to. Europe spends barely $130 billion collectively on defence—a sum that has been steadily falling—compared to US defence spending of $300 billion, which is due to rise sharply. The post-September 11 increment in US defence spending requested by President Bush is larger than the entire defence budget of Britain. Despite Europe’s turn in a more conservative direction in 2002, not one rightist or centre-right candidate is campaigning on a platform of significantly raising defence spending. Europe’s ability to deploy the power that it possesses is of course greatly weakened by the collective action problems posed by the current system of EU decision-making. But the failure to create more useable military power is clearly a political and normative issue. Moreover, not every small, weak country is equally outraged by American unilateralism. In a curious role reversal from Cold War days, the Russians were actually much more relaxed about the American withdrawal from the ABM Treaty than were many Europeans, since it makes possible deep cuts in offensive strategic nuclear forces. Australia and New Zealand of course want the US to abide by international trade rules since they are directly affected by American agricultural subsidies, but have generally expressed less moral outrage over the American failure to subordinate its security policy to international norms than most members of the European Union. This brings us to other reasons why Europeans see the international order so differently from Americans. One critically important factor has to be the experience of European integration over the past generation. The loss of sovereignty is not an abstract, theoretical matter to Europeans; they have been steadily giving up powers to Brussels, from local control over health and safety standards to social policy to their currency itself. Having lived through this masochistic experience repeatedly, one imagines that they are like former smokers who want to put everyone else through the same withdrawal pains that they have endured. The final important difference between the United States and Europe with regard to international order has nothing to do with European beliefs and practices, but with America’s unique national experience, and the sense of exceptionalism that has arisen from it. The sociologist Seymour Martin Lipset has spent much of his distinguished career explaining how the United States is an outlier among developed democracies, with policies and institutions that differ significantly from those of Europe, Canada, Australia, New Zealand, or Japan.(5) Whether in regard to welfare, crime, regulation, education, or foreign policy, there are constant differences separating America from everyone else: it is consistently more anti-statist, individualistic, laissez-faire, and egalitarian than other democracies. This sense of exceptionalism extends to its own democratic institutions and their legitimacy. Unlike most of the old societies of Europe, the United States was founded on the basis of a political idea. There was no American people or nation prior to the founding of the country: national identity is civic rather than religious, cultural, racial, or ethnic. There has been only one American regime which, as the world’s oldest continuously existing democracy, is not viewed as a transient political compromise. This means that the country’s political institutions have always been imbued with an almost religious reverence that Europeans, with more ancient sources of identity, find peculiar. The proliferation of American flags across the country in the wake of September 11 is only the most recent manifestation of Americans’ deeply felt patriotism. Moreover, for Americans, their Declaration of Independence and Constitution are not just the basis of a legal-political order on the North American continent; they are the embodiment of universal values and have a significance for mankind that goes well beyond the borders of the United States. The American dollar bill has the inscription novus ordo seclorum—‘new order of the ages’—written under the all-seeing eye of the great pyramid. When President Reagan repeatedly quoted Governor Winthrop in speaking of the US as a ‘shining city on a hill’, his words had great resonance for many Americans. This leads at times to a typically American tendency to confuse its own national interests with the broader interests of mankind as a whole. The situation of Europe—as well as developed Asian societies like Japan, for that matter—is very different. Europeans were peoples with shared histories long before they were democracies. They have other sources of identity besides politics. They have seen a variety of regimes come and go, and some of those regimes have, in living memory, been responsible for very shameful acts. The kind of patriotism that is commonplace in America is highly suspect in many parts of Europe: Germans for many years after World War II taught their children not to display the German flag or cheer too loudly at football matches. While the French and, in a different way, the British continue to feel a sense of broader national mission in the world, it is safe to say that few other European countries regard their own political institutions as universal models for the rest of the world to follow. Indeed, many Europeans regard their national institutions as having a much lower degree of legitimacy than international ones, with the European Union occupying a place in between. The reasons for this are not hard to fathom. Europeans regard the violent history of the first half of the 20th century as the direct outcome of the unbridled exercise of national sovereignty. The house that they have been building for themselves since the 1950s called the European Union was deliberately intended to embed those sovereignties in multiple layers of rules, norms, and regulations to prevent those sovereignties from ever spinning out of control again. While the EU could become a mechanism for aggregating and projecting power beyond Europe’s borders, most Europeans see the EU’s purpose as one rather of transcending power politics. They do, in other words, see their project as one of finding comfortable accommodations for the last man at the end of history Australia’s national experience places