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Narcisse Mouellé Kombi: “ L’opposition parlementaire n’est pas le seul contre pouvoir ”
La légitime défense préventive, une hérésie à l'encontre du droit international;bombardement de l'Irak: un autre regard; Martial Tchenzette
La légitime défense qui permet à une entité étatique de riposter à une agression. La légitime défense qui met en exergue une réponse à une attaque par une autre attaque se situe dans le restreint sillage des exceptions à la règle de l'interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Cependant, la conception d'une légitime défense préventive dans le cadre du bombardement de l'Irak, sans être un précédent dans l'histoire du droit international, est sujet à controverse. Rappelons que cette guerre s'intègre dans un contexte assez trouble. Il n'y a pas de mal à constater que les attentats du 11 septembre 2001 ont été un catalyseur du déclenchement de l'attaque contre l'Irak. L'adhésion de la communauté internationale, peu de temps après la destruction des tours jumelles, à la cause des Etasuniens donnera à ces derniers un blanc-seing dans l'implémentation de leur politique étrangère offensive dont le point stratégique reste l'élaboration de l'axe du mal. Le gouvernement de Bush passait ainsi de la stratégie offensive à la stratégie défensive. L'Irak a été désigné comme première cible. La doctrine de guerre préventive devait avoir une base juridique, les juristes faucons ont fait recours au droit à la légitime défense mais à la légitime défense préventive. Concept qui demeure une hérésie à l'égard du droit international, étant donné qu'il traduit mal la notion de légitime défense dont les conditions ne sont d'ailleurs pas respectées. LA LEGITIME DEFENSE PREVENTIVE : UNE EXTENSION ABUSIVE DU CONCEPT DE LEGITIME DEFENSE Précisons au préalable avec le Sénateur Edward Kennedy qu'une distinction fondamentale doit être établie entre le concept de guerre ''préemptive'' et celui de guerre ''préventive''. Une guerre ''préemptive'' ne peut être menée qu'en cas d'existence de preuves matérielles démontrant l'imminence du danger et la nécessité d'agir et la guerre ''préventive'' quant à elle s'atelle à lutter contre une menace plus stratégique pesant sur les Etats-Unis et sur le monde. Cette distinction assez ambiguë ne permet pas de répondre à toute la controverse qui continue de peser sur le concept de légitime défense préventive. En effet, la Charte des Nations Unies dispose en son article 2, paragraphe 4 que le recours à la force est interdit dans le cadre de résolution des conflits. Mais cette norme de jus cogens est tempérée par l'article 51 de la même charte. Cet article dispose : « Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée jusqu'à ce que le Conseil de Sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales ? ». Ce texte, à mon avis, semble être le plus clair possible, s'entendant d'une légitime défense riposte à une agression armée. On comprend alors mal l'érection d'un thèse laxiste stipulant un droit naturel de légitime défense et, partant, la possibilité pour tout Etat de recourir à la force lorsqu'il soupçonne une menace contre ses intérêts. Ceux-là qu'on qualifie de ''minimalistes'' estiment que le droit de légitime défense préventive découlerait de la souveraineté nationale que seul un vote du Conseil de Sécurité pourrait contrecarrer. Ceux-ci proposaient au départ que le Droit International serait inopérant s'il interdisait aux Etats de prendre des mesures nécessaires en cas de menaces graves pesant sur l'intégrité de son territoire. Cette logique est a en n'en pas douter erronée et inadoptable. Ces développements relèvent d'une stratégie US de juridicisation de leur action. En réalité, la légitime défense ne doit permettre que de répondre à une agression militaire. Je pense qu'il était question pour les législateurs de la Charte d'adhérer à ce courant officialisé en 1928 par BRIAND et KELLOG qui consistent à mettre hors la loi la guerre. Il est aussi question de préserver le droit à l'autodéfense qui doit obéir à certaines conditions précises. LA LEGITIME DEFENSE PREVENTIVE DEROGE AUX REGLES DU DROIT INTERNATIONAL DE LA LEGITIME DEFENSE Comme le dit le Pr. Narcisse Mouelle : « l'abrogation de la compétence de la guerre et la civilisation de la société internationale permettent de donner à la légitime défense une signification et une portée juridique déterminée » . La légitime défense préventive n'a pas de contenu juridique. S'il était question d'une légitime attaque préventive, on aurait eu, sait-on jamais, moins de facilités à prouver son illégalité ; mais une défense pour être légitime et partant légale, doit remplir certaines conditions. - La légitime défense doit répondre à une agression armée. Selon la résolution 3314 (XXIX) de l'Assemblée Générale des Nations Unies portant définition de l'agression ''est réputé acte d'agression l'utilisation par un Etat de ses forces armées stationnées sur le territoire d'un autre Etat contrairement aux conditions prévues dans l'accord de stationnement ainsi que la prolongation de la présence de ses forces sur le territoire de l'Etat d'accueil sans son consentement. Sont également interdites en tant que menaces d'usage de la force, le survol non autorisé du territoire d'un Etat par des aéronefs militaires d'un Etat, la forte concentration des troupes armées régulières à la frontière d'un Etat ou les man ?uvres militaires de démonstration navale ou aérienne sur la frontière''. Or, la guerre américano-britannique en Irak n'a fait suite à aucune attaque préalable. - La légitime défense doit être postérieure à l'agression. C'est dire en d'autres termes que la légitime défense ne peut être invoquée que s'il y a agression d'abord mais ensuite cette légitime défense doit être postérieure à l'attaque, ce qui ne fut nullement le cas, étant entendu que cette attaque doit être réellement effective. C'est là l'occasion de rappeler que la notion de légitime défense préventive comme le dit l'autre apparaît à bien d'égards comme : « un barbarisme juridique ». - La légitime défense doit obéir au critère de proportionnalité. Les moyens mis en ?uvre doivent être sensiblement équivalents à ceux utilisés par l'Etat agresseur. - La légitime défense peut être collective. Il s'agira alors ici de l'intervention de plusieurs Etats contre l'Etat agresseur. Glissant alors sur le terrain du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, précisément sur le maintien de la sécurité collective, le droit - et je dirais devoir - d'intervention de l'ONU est l'une des rares exceptions prévues dans le cadre du recours à la force armée. Il est ainsi aisé de constater que l'action étasuno-britannique dénote qu'une violation flagrante du droit international a été une réalité. Le point de départ du caractère illégal de l'action étasunienne en Irak demeure la Résolution 1441 du Conseil de Sécurité. Malgré l'ambiguïté de cette résolution, il semble clair que le recours à la force ne soit pas exclu mais pour cela, il faudrait que la présence des armes de destruction massive ait été véritablement prouvée. Afin de lever l'ambiguïté, une seconde résolution devait être proposée au Conseil de sécurité ; mais comme nous avons eu à le démontrer, cette résolution ne serait probablement pas passée au Conseil de Sécurité , alors les Etasuniens ont préféré attaquer sans l'aval de l'ONU mais aussi sans son refus. Aujourd'hui, puissions-nous nous demander si les armes de destruction massive (ADM) dont ont parlé les faucons n'étaient pas plutôt des armes de désinformation massive (ADM) qu'ont utilisé ces mêmes faucons avant et pendant la guerre. La controverse aujourd'hui est facilement perceptible. Le numéro 2 du Pentagone a affirmé au grand mépris de Mr. HANS Martin BLIX que cette raison était la meilleure des raisons susceptibles d'émouvoir l'ensemble de la communauté internationale. Lorsqu'il ne sera plus Premier Ministre au DOWNING STREET, il méditera longtemps sur sa sacro-sainte alliance avec les Etats-Unis de Bush. La légitime défense préventive utilisée par le couple B.B est et reste la signification du barbarisme juridique qui par strangulation veut porter le coup fatal à l'existence d'un droit international. Martial TCHENZETTE Post-scriptum : 1-Il n'est pas exclu qu'une organisation internationale réagisse par légitime défense mais le droit international encore muet à ce sujet. 2-L'axe du mal se compose principalement de l'Irak, l'Iran, la Corée du Nord, mais aussi des pays comme la Syrie, le soudan, la Libye, etc. 3- LE MONDE DIPLOMATIQUE - décembre 2002, p23, « Les Nations Unies prises en otage », Richard Falk 4- Narcisse MOUELLE KOMBI, cours de droit international public dispensé à l'IRIC, année 2002-2003, (Semestre 1) 5-Martial TCHENZETTE : « Un regard en termes de prospectives sur l'ONU après l'attaque américano-britannique en Irak », Enjeux N°15, Avril-Juin. P. 29 6- BUSH et BLAIR
Posted On: August 23, 2007
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GUERRE EN IRAK, ANALYSE - 1 : LES ARABES CHIITES IRAKIEN ET L'IRAN,Vers un empire chiite du pétrole, ou vers une attaque contre l'Iran ?Claude Rainaudi
Une analyse de la situation en Irak à partir de ses principaux théâtres d'opérations : chiite, kurde et sunnite. L'article d'aujourd'hui portera sur le théâtre d'opérations qui me semble le plus important sur le plan géopolitique : celui de Sud-Est chiite irakien. Dans ce premier article, je présenterai mon point de vue sur les enjeux, forces et faiblesses des principaux acteurs de ce théâtre d'opérations : - les Arabes chiites d'Irak ; - les Chiites iraniens ; - George W Bush. Constatant la reprise de l'initiative par l'Iran, et sans prétendre à la prospective, j'examinerai également les options dont dispose l'acteur militairement le plus puissant et le plus imprévisible : les Etats-Unis d'Amérique. Irak, Iran, USA : Prolégomènes à une crise majeure ? La situation irakienne est complexe, c'est même l'une des raisons pour lesquelles il était stupide d'y aller déambuler avec de gros sabots. Cette complexité tient à la structure des populations de l'Irak et aux liens de certaines de ces populations avec des acteurs régionaux majeurs. Elle tient aussi à la présence de beaucoup de pétrole dans le sous-sol irakien, présence qui lie la situation aux intérêts majeurs des principaux acteurs mondiaux. Trois points de vue sur cette situation feront chacun l'objet d'un article. Chacun sera centré sur l'un des théâtres d'opérations militaires et géopolitiques de l'Irak : - le théâtre d'opérations chiite et l'Iran ; - le théâtre d'opérations kurde et la Turquie ; - le théâtre d'opérations sunnite, ben Laden et George W Bush. Le lecteur pourra mieux percevoir la situation en la projetant sur des cartes, en voici quelques unes : - http://www.thucydide.com/realisatio... - http://www.kurdistanica.com/english... L'article d'aujourd'hui portera sur le théâtre à mon avis le plus important sur le plan géopolitique : celui de Sud-Est chiite irakien. Guerre en Irak, analyse - 1 : Le théâtre d'opérations chiite et l'Iran Dans ce premier article, je présenterai mon point de vue sur les enjeux, forces et faiblesses des principaux acteurs de ce théâtre d'opérations : - les Arabes chiites d'Irak ; - les Chiites iraniens ; - George W Bush. Constatant la reprise de l'initiative par l'Iran, et sans prétendre à la prospective, j'examinerai également les options dont dispose l'acteur militairement le plus puissant et le plus imprévisible : les Etats-Unis d'Amérique. Les Arabes chiites d'Irak Les Arabes chiites représentent un peu plus de la moitié de la population irakienne et sont principalement implantés dans le Sud-Est de l'Irak. Cette zone jouxte l'Iran, à l'Est, et le Golfe persique, au Sud ; elle regorge d'un pétrole facile à exporter par la mer. Ils constituent également une forte minorité de la population de Bagdad. Les Arabes chiites ont combattu sans état d'âme dans l'armée irakienne lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, montrant qu'ils n'oubliaient pas l'opposition millénaire entre Arabes et Perses et que leur identification à la nation irakienne pouvait influencer leur comportement. Cette population a été globalement considérée comme « de seconde zone » par le régime de Saddam Hussein. Elle en a conservé un ressentiment contre celui-ci et contre l'appareil Baassiste qui le soutenait. Naïvement, George W Bush pensait que cela allait suffire à rendre l'invasion sympathique aux Arabes chiites. Pour faciliter la lecture, j'utiliserai « Chiites irakiens », dans la suite de cet article, pour désigner la population arabe chiite de l'Irak, même si beaucoup d'Irakiens chiites ne sont pas arabes, mais kurdes ou turcomans (turkmènes) [1]. Les Chiites irakiens sont, en Irak, les grands gagnants de l'invasion. En effet, celle-ci a détruit l'appareil d'état Baas. Ils jouent habilement leurs adversaires les uns contre les autres et, pendant que Sunnites et Etasuniens s'entretuent, ils avancent vers leurs objectifs. Il y a plusieurs courants dans le leadership chiite : - agents iraniens plus ou moins maffieux (Ahmed Chalabi [2], par exemple) ; - religieux fondamentalistes « patients » (Ali el-Sistani, SICRI [3] et sa milice « Badr », Da'wa [4]), ces groupes religieux pro-iraniens, sont regroupés dans l'Alliance irakienne unifiée [5] ; - religieux fondamentalistes « excités » (Moqtada el-Sadr et son « armée du Mehdi »), qui ont une grande influence sur la minorité chiite de Bagdad. Ils viennent de réunir plus d'un million de signatures sur une pétition demandant le départ immédiat des troupes d'occupation... Ces courants semblent (délibérement ou non) se coordonner suffisamment pour ne pas trop se gêner [6]. On constate, par ailleurs, que des membres chiites éminents du gouvernement irakien ont des liens très marqués avec l'Iran : par exemple, Abdoul Aziz el-Hakim, qui a vécu 20 ans en exil dans ce pays ou Ibrahim el-Djaafari, qui y a vécu neuf ans. L'un comme l'autre, à cette époque, utilisaient des bases en Iran pour organiser des actions de guérilla et de terrorisme contre le régime de Saddam Hussein. En ce qui concerne leurs relations avec les deux autres principaux groupes sociaux irakiens, les chiites irakiens pourraient laisser aux Kurdes le pétrole du Nord, mais l'idée d'un Grand Kurdistan, qui contrôlerait les eaux du Tigre et de l'Euphrate depuis le Kurdistan actuellement turc, leur est insupportable. J'en reparlerai dans le prochain article de cette série, qui traitera du théâtre d'opérations kurde et de la Turquie. Par ailleurs, les Arabes sunnites, habitués à diriger, ne peuvent accepter ni une domination chiite, ni une partition de l'Irak qui les laisserait sans ressources pétrolières identifiées. On peut donc s'attendre à un développement du conflit entre ces deux communautés. Ce point sera abordé dans troisième article qui portera sur le théâtre d'opérations sunnite et la situation des troupes d'occupation. Les Chiites irakiens n'ont que peu d'expérience militaire, ne disposent pas de services de renseignement efficaces ni de cadres aguerris. La facilité avec laquelle l'« armée du Mehdi », à Nedjef (Najaf), a été réduite par les troupes d'occupation contraste avec la résistance acharnée de Falloudja (Fallujah). La majorité de l'armée et des forces de police en cours de création est chiite mais, sans l'appui de l'armée US (ou... d'une autre), ces forces ne tiendraient pas bien longtemps contre les guerriers sunnites. En revanche, les dirigeants chiites seront très probablement capables, s'ils y voient leur intérêt, de lancer une irakifada à travers le Sud du pays, face à laquelle les troupes d'occupation seraient désemparées [7]. Les Chiites iraniens Les fondamentalistes chiites iraniens sont les autres grands gagnants de la confrontation : - la seule armée qui leur faisait de l'ombre, l'armée irakienne, est anéantie ; - le seul régime à peu près laïque [8] de la région est éliminé ; - les USA, qui représentaient une menace militaire certaine, savent maintenant qu'ils n'ont pas la possibilité d'occuper l'Iran, et cela pour de nombreuses années ; - le peuple iranien, qui commençait à gronder sous l'étouffoir clérical, a été ramené à celui-ci par la menace d'invasion : les récentes élections en attestent ; - l'impossibilité, sans doute pour des lustres, d'exploiter efficacement le pétrole irakien donne d'autant plus de valeur au pétrole et au gaz iraniens, en particulier pour la Chine, assoiffée qu'elle est de ressources énergétiques : l'Iran a maintenant un allié permanent au Conseil de Sécurité de l'ONU [9] ; - par ailleurs, cette même valeur accrue du pétrole iranien rend toute attaque contre ce pays susceptible d'amorcer une crise économique mondiale : le pétrole, déjà à 65$ le baril, verrait son prix rapidement doubler, au moins. Sur tous les plans, l'Iran constitue une puissance sans commune mesure avec l'Irak, défait lors d'une première guerre et épuisé par dix ans d'embargo. L'armée iranienne est intacte, elle dispose d'une DCA efficace, qui finirait par être détruite mais retarderait l'établissement de la suprématie aérienne US. Cette suprématie constitue un préalable aux opérations terrestres conventionnelles. Le retard pourrait être exploité de différentes manières : - emploi de missiles sol/mer ; - emploi de missiles sol/sol ; - généralisation de la guérilla. L'Iran dispose de missiles sol/mer efficaces. Ces missiles sont capables de détruire une partie de la flotte US dans le Golfe persique, plaçant les troupes d'occupation dans une position terrible. Ils peuvent, combinés avec des mines, interdire la navigation dans le détroit d'Ormuz, bloquant l'exportation de la plus grande partie du pétrole du Moyen-Orient et mettant à genoux l'économie mondiale en quelques mois, voire quelques semaines. Les bases US en Irak sont à portée de tir des missiles sol/sol iraniens. Les USA devraient soit évacuer leurs bases, se rendant plus vulnérables aux actions de la guérilla, soit accepter des pertes humaines et matérielles importantes du fait des tirs iraniens. Les aéroports irakiens sont, eux aussi, dans le rayon d'action des missiles iraniens qui donc peuvent fortement gêner la mise en place d'un pont aérien. Ces missiles peuvent également atteindre Israël. Les possibilités d'escalade en cas d'attaque de ce pays sont multiples [10] et préoccupantes. Les Pasdaran, les miliciens des ayatollahs, sont certainement déjà prêts à déclencher en Iran une guérilla comparable à celle menée en Irak, sur le théâtre sunnite. Il est très probable que le théâtre chiite irakien, à ce jour relativement calme, deviendrait, lui aussi, un enfer pour les troupes d'occupation. Les dirigeants iraniens avaient, sous la pression, accepté un moratoire sur la fabrication d'UF6 [11]. Ils viennent de réévaluer la situation et de reprendre ce processus de fabrication. Plusieurs éléments vont dans le sens de cette réévaluation : - situation peu enviable des troupes étasuniennes en Irak, qui montre les limites de l'armée US, apte à casser des chars et des avions mais impuissante face à la volonté d'un peuple ; - montée en puissance de l'OCS (Organisation de coopération de Shanghaï, aussi appelée « Club de Shanghai » [12]) ; - nombre considéré comme suffisant de missiles sol/mer et sol/air opérationnels. Ayant considéré sa main, l'Iran commence prudemment d'abattre ses cartes. Il en a déjà montré deux. La première est la reprise [13] de la conversion du « yellow cake » en UF6, dont nous venons de parler. Il est à noter que les engagements pris vis-à-vis de la population iranienne rendront très difficile un éventuel retour en arrière sur ce point. La seconde, moins médiatisée mais bien plus menaçante pour les USA [14] est une attaque, qui pourrait être dévastatrice, contre le dollar : la création, en Iran, d'une bourse du pétrole côtée en Euros. Actuellement, il existe trois bourses du pétrole, toutes côtées en dollars. C'est une, sinon la principale, raison de la considérable surévaluation de cette monnaie, surévaluation qui permet la survie de l'économie US. Que le dollar perde son monopole de monnaie pétrolière et la demande de dollars dans le monde s'effondre, entraînant avec elle la parité de cette devise. Cette chute du dollar diminuerait d'autant le pouvoir d'achat des USA sur le marché international. Les intérêts majeurs des USA sont menacés par la création d'une bourse du pétrole en Euros, n'oublions pas que la simple vente du pétrole irakien en Euros par Saddam Hussein fut l'une des raisons de la guerre. L'invasion de l'Irak par les USA a amélioré la position géopolitique de l'Iran sans beaucoup affaiblir sa position militaire ; elle a renforcé la cohésion de la population iranienne derrière ses dirigeants : l'Iran se sent en mesure de reprendre l'initiative. Du point de vue de l'influence Chiite en tant que telle, elle ouvre une perspective encore plus remarquable : la possibilité d'un empire chiite du pétrole. Vers un empire chiite du pétrole ? Les deux victoires chiites, l'irakienne et l'iranienne, toutes deux obtenues sans combattre, sont deux facettes d'une même avancée vers un possible empire chiite des ressources fossiles, empire qui pourrait, à long terme, s'étendre aux ressources de l'Arabie séoudite. Les Chiites irakiens n'accepteront pas de repasser sous contrôle sunnite ni de gémir longtemps sous la botte étasunienne. Le SICRI [15] réclame une province Chiite autonome [16], bénéficiant des ressources pétrolières qu'elle abrite. On peut penser qu'assez rapidement cette province serait, organiquement au moins, aussi iranienne qu'irakienne. Les liens organiques commencent d'ailleurs à se tisser : - le port iranien de Bandar Khomeiny est d'ores et déjà utilisé pour le commerce irakien ; - des accords ont été conclus entre l'Iran et l'Irak, visant à l'intégration des réseaux de transport ; - l'Iran a affecté un milliard de $ (environ 800 millions d'Euros) de crédit au développement de la province ; - l'Iran, officiellement pour faciliter les pélerinages, prévoit d'investir dans un aéroport international à Nedjef (Najaf) ; - un accord de collaboration militaire entre l'Iran et l'Irak était prévu, que la pression US a, pour l'instant, fait mettre de côté ; - il existe des projets de raffinage en Iran du pétrole de la province chiite irakienne... Au-delà de cette revendication de province autonome, les dirigeants chiites rêvent déjà de diriger, depuis cette province, un Irak fédéral, allié et ami de l'Iran [17]. Les ressources pétrolières de cette province, associées aux ressources pétrolières et gazières de l'Iran donneraient un pouvoir considérable à l'ensemble chiite ainsi créé. Pouvoir renforcé par la position privilégiée de l'Iran pour l'exportation du pétrole de la Caspienne vers les Indes et le Japon, ainsi que, dans une moindre mesure, vers la Chine. Par ailleurs, les Chiites, qui représentent environ 10% de la population de l'Arabie séoudite, sont justement implantés dans les zones pétrolifères qui bordent la côte orientale de ce pays [18]. Les dignitaires chiites ne raisonnent pas au rythme d'élections quadriennales et commencent sans doute à ourdir des plans de soulèvement à long terme dans ces régions. L'armée séoudienne ne tiendrait pas longtemps face à une armée iranienne venant, avec l'accord des Irakiens, secourir ses frères en chiisme. Intervention motivée par des raisons évidemment « humanitaires », contre l'oppression (bien réelle) que subissent les Chiites en Arabie séoudite. George W Bush Les troupes étasuniennes ont anéanti l'armée irakienne, laissant l'armée iranienne intacte. La guérilla, principalement active dans les zones sunnites, ne leur laisse aucun répit [19]. Les principaux objectifs de l'invasion étaient les suivants : - punir la vente en Euros du pétrole irakien, commencée en 2000 ; - s'emparer des ressources fossiles de l'Irak ; - contrôler, au moins partiellement, l'approvisionnement de la Chine en ressources fossiles ; - achever l'encerclement de l'Iran, cible probable d'une attaque ultérieure ; - disposer de bases menaçant la Syrie ; - montrer au monde la puissance de l'armée US, afin d'inspirer la terreur. Trois de ces objectifs ne semblent pas atteints, en effet : - les ressources fossiles de l'Irak ne seront exploitables que si la guérilla le permet, il est plus facile de démolir une installation que de la reconstruire ou même de la protéger ; - l'Irak ne paraît pas vraiment une base sûre pour l'attaque de l'Iran ; - tout le monde constate que l'armée US n'est pas invincible. Par ailleurs, un bedonnant grain de sable s'est glissé dans la machine US : la résistance des Irakiens. George W Bush, voici plus de deux ans, annonçait, ridiculement vêtu d'une tenue militaire [20], la fin des opérations en Irak. Si, pour l'armée irakienne, les opérations étaient bien terminées, elles commençaient pour la résistance. Depuis, près de 150 000 soldats US sont fixés en Irak alors que les dirigeants étasuniens pensait en récupérer rapidement la plus grande partie. C'est une charge écrasante, à la fois pour les ressources militaires et pour les ressources économiques des USA. Je détaillerai cette situation dans l'article de cette série qui portera sur le théâtre d'opérations sunnite. Les grands perdants, à ce jour, de la guerre en Irak, sont les Etasuniens, entraînés par des dirigeants... étranges... dans un conflit qu'ils ont peu de chances de gagner. Leurs buts de guerre officiels n'arrêtent pas de changer : - d'abord, on a eu les « armes de destruction massives », auxquelles personne ne croyait, et qu'on a d'ailleurs cessé de chercher ; - ensuite, il fallait renverser Saddam Hussein, parce que c'était un dictateur. Au vu de la quantité de dictateurs installés ou soutenus par les USA, au nombre desquelles les Wahhabites séoudiens, les Talibans et... Saddam Hussein lui-même... on pourrait presque sourire ; - après, il fallait installer la « démocratie » [21] en Irak... pendant que les "néo-conservateurs" tentent de supprimer peu à peu ce qu'il en reste aux USA ; - maintenant, c'était pour attirer les « terroristes » en Irak afin de pouvoir les combattre. Bon sang, mais c'est bien sûr ! Pendant ce temps, Osama ben Laden, dont les buts de guerre n'ont jamais changé, a, depuis belle lurette, atteint le plus important d'entre eux. Osama Ben Laden a créé el Qaeda dans un but précis : chasser les armées « infidèles » du territoire de l'Arabie séoudite. D'après Stratfor.biz, le général Richard Myers a déclaré, le 15 avril (2003), que les USA étaient en mesure d'accéder à cette requête. Ce triste personnage profite également de l'invasion de l'Irak pour recruter à tour de bras. Pendant ce temps les cours du pétrole font de l'alpinisme. Et l'économie étasunienne est sensible aux cours du pétrole. Pendant ce temps, nous venons d'en parler, les Chiites en général et l'Iran en particulier marquent points après points, sans faire de bruit. Que peuvent faire les dirigeants US pour défendre leurs intérêts ? Les options stratégiques des dirigeants des USA face à l'Iran et aux Chiites Parmi les orientations à leur disposition, il y a : - le maintien du status quo ; - le désengagement ; - l'escalade. Le maintien du status quo consisterait à rester sur place, en pariant que les munitions de la résistance s'épuiseront avant que la population étasunienne ne réclame vraiment la fin de cette guerre. Même si cela se produisait, la victoire chiite que nous venons de découvrir, serait simplement confirmée. Si cela ne se produisait pas, cette victoire chiite s'accompagnerait d'une humiliation mémorable des USA, contraints à la fuite. Le désengagement consisterait à trouver un prétexte à peu près crédible pour se tirer dès que possible de ce guêpier. La victoire chiite serait confirmée, mais l'humiliation publique évitée, ou, tout au moins, limitée. L'escalade consisterait à faire monter les enchères et à attaquer l'Iran. Quels que soient les moyens employés, un tel choix lâcherait sur la planète un conflit d'une intensité inconnue depuis la Seconde Guerre mondiale. Les buts d'une attaque contre l'Iran seraient de : - détruire la puissance militaire iranienne pour « rétablir l'équilibre » dans le Golfe persique ; - détruire les infrastructures économiques de l'Iran pour l'empêcher de reconstituer une puissance militaire ; - faire, dans un conflit conventionnel, la démonstration de l'invincibilité de l'armée US, dont la crédibilité souffre des succès de la résistance irakienne ; - tenter de mettre en place, en Iran, sous prétexte de « démocratie », un gouvernement à la botte des USA, assurant à ces derniers le contrôle du Moyen-Orient et une influence considérable sur l'Asie centrale et les ressources pétrolières de la Caspienne ; - priver la Chine de pétrole. La position raisonnable serait le désengagement. Les USA auraient appris une leçon : même quand on est le plus fort, il est dangereux de vouloir écraser tous les autres. Ils deviendraient une puissance régionale majeure et l'un des grands acteurs du jeu planétaire, dans un monde multipolaire. Ils pourraient se consacrer à réduire leur déficit et rebatir une économie, économie qui pourrait enfin se soucier du bien-être des gens. Hélas, George W Bush et son entourage ne nous ont pas habitués à des décisions raisonnables. La guerre est donc possible. Si elle commence, elle trouvera sans doute un prétexte dans un attentat sur le sol étasunien. Attentat dans lequel l'Iran n'aura rien à voir. Attentat, bien entendu, qui lui sera attribué, comme celui du 11 septembre, commis par des Séoudiens, le fut à l'Irak. A défaut d'une attaque sur le sol étasunien, une attaque fictive contre un bâtiment US croisant dans le Golfe pourrait faire l'affaire [22]. Les vecteurs d'une attaque contre l'Iran seraient sans doute les bombardements (par missiles de croisière et avions volant à haute altitude pour éviter la DCA iranienne), ainsi que, probablement, des actions de sabotage et d'assassinat menées par les Forces spéciales US. Des troupes supplétives formées d'Iraniens en exil, armées et entraînées par l'Armée US, pourraient ensuite, avec l'appui et le soutien des forces étasuniennes, tenter une invasion, peut-être à partir de la frontière afghane. Une occupation de l'Iran par l'armée étasunienne, sur le modèle de l'occupation de l'Irak, me paraît exclue. Bien malin qui pourrait, d'ores et déjà, prédire les implications de pareille démence. Par exemple, les Chinois, directement visés par la manoeuvre, pourraient profiter de la concentration des troupes US autour du Golfe persique pour prendre le contrôle de Taïwan. Dans la mesure ou nul ne peut attester de l'équilibre mental des Maîtres du Pentagone [23], la suite pourrait être effrayante. Option nucléaire ? L'option nucléaire a été plusieurs fois évoquée : une partie des installations nucléaires civiles iraniennes est profondément enterrée afin de résister aux explosifs conventionnels. Certains éléments de ces installations pourraient, dans quelques lustres, contribuer à la contruction d'armes nucléaires, seul moyen d'être à l'abri des USA. Les dirigeants étasuniens peuvent difficilement l'accepter. Par ailleurs, l'actuelle posture nucléaire officielle des USA prévoit l'utilisation d'explosifs nucléaires en première frappe, même contre un pays qui n'en possède pas [24]. Toutefois, la destruction de l'économie iranienne suffirait à stopper son programme nucléaire, et cette destruction ne requiert que l'emploi d'armes conventionnelles. On peut donc raisonnablement espérer que les USA ne brandissent l'option nucléaire qu'à titre d'intimidation. A ce jour, les grands gagnants de la guerre en Irak sont les Chiites ; les grands perdants, les Etats-Unis d'Amérique. Pour le bien de tous, y compris d'eux-mêmes, ces derniers pourraient accepter leur défaite et en tirer des leçons pour éviter, à l'avenir, pareille déconvenue. Malheureusement, les Maîtres du Pentagone semblent souffrir d'une enflure de l'égo qui rend cette option peu vraisemblable. Ils peuvent aussi essayer de tenir le plus longtemps possible sur leurs positions actuelles, laissant à leurs successeurs le soin de gérer la défaite, ce qui me semble l'option la plus probable. Enfin, ils peuvent choisir l'escalade et entraîner le monde dans une crise majeure. Aux USA, des gens s'inquiètent de la période de vacances du congrès, craignant que Bush et sa clique n'en profitent pour attaquer l'Iran par surprise. Cette hypothèse ne peut être exclue, elle est toutefois improbable : l'attaque de l'Iran, si elle ne se limite pas à quelques bombardements, nécessite une préparation visible. Toujours est-il que, pour les mois à venir, les conséquences d'un attentat majeur sur le sol des USA, quels qu'en soient les auteurs, pourraient être effrayantes. Une fois de plus, Bush et ben Laden ont les mêmes intérêts. [1] En effet, chez les Kurdes, les identifications ethnique et tribale éclipsent, d'un point de vue géopolitique, les identifications religieuses ; quant aux Turcomans (Turkmènes), ils sont très minoritaires et jouent un rôle particulier qui sera développé dans l'article à venir consacré à la situation sur le théâtre d'opérations kurde. [2] Si la situation n'était pas si préoccupante, il serait plaisant de se rappeler que ce personnage était l'un des informateurs favoris des USA et que sa milice a collaboré à l'invasion, y compris en fournissant le personnel pour le fameux déboulonnage de la statue de Saddam Hussein. Chalabi est en disgrâce depuis que ses manoeuvres pro-iraniennes ont été identifiées par ses « amis américains » [3] Supreme Council for Islamic Revolution in Iraq (rien que ça !), dirigé par Abdoul Aziz el-Hakim [4] Da'wa est le parti du « premier ministre » Ibrahim el-Djaafari [5] l'Alliance irakienne unifiée (Unified Iraqi Alliance), occupe plus de la moitié des sièges du « parlement » irakien [6] Même si leur lutte d'influence commence à se manifester par des « coups d'état municipaux » comme la déposition par les armes du maire de Bagdad, le 9 août, et de celui de Samaoua, le 10, dépositions auxquelles les « autorités » officielles semblent tarder à réagir, même verbalement [7] Les troupes US ont l'interdiction constitutionnelle de s'entraîner au maintien de l'ordre. Face à une foule, elles fuient ou tirent dans le tas [8] même si, depuis la première guerre « du Golfe », sa laïcité commençait à laisser à désirer, le status de la femme dans l'Irak baassiste était le plus avancé de la région [9] La Chine et l'Iran resserrent leurs liens dans de nombreux domaines, par exemple, la Chine vient de signer un contrat de plus de 800 000 $ (environ 600 000 Euros) pour la construction d'un métro à Téhéran [10] La déstabilisation du Liban, chiite à plus de 30%, par Hezbollah faisant partie des complications prévisibles [11] Hexafluorure d'uranium, gaz qui permet de séparer, dans des centrifugeuses, les différents isotopes de l'uranium. La fabrication de ce gaz est un préalable à l'enrichissement de l'uranium. [12] L'évolution du Club de Shangaï est l'une des clefs de la géopolitique mondiale, j'y reviendrai dans un prochain article [13] au demeurant parfaitement légale au regard du droit international [14] La CIA pense qu'il faudra environ dix ans aux Iraniens pour disposer de la matière première d'une éventuelle arme nucléaire (l'uranium fortement enrichi), il n'y a pas vraiment d'urgence [15] non soutenu, à ce jour, par Da'wa sur ce point [16] qui pourrait s'appeler Sumer, en mémoire de la civilisation sumérienne, l'un des premières au monde, qui occupait à peu près les mêmes lieux [17] Une récente déclaration du gouvernement irakien fait état d'un refus de l'utilisation du sol irakien comme base d'attaque de l'Iran, déclaration dont on devine le destinataire [18] Voir carte des implantations chiites. [19] J'en parlerai en détail dans un prochain article relatif au théâtre d'opérations sunnite [20] Rappelons que George Bush junior se planqua pendant la guerre du Vietnam et, sans avoir jamais vu le front, ni même l'arrière, réussit à être porté déserteur (AWOL). [21] « démocratie » qui pourrait bien se passer des femmes... [22] Ce procédé de la fausse attaque contre un bâtiment de combat a déjà été utilisé par les USA, pour justifier leur attaque du Viêtnam [23] George W Bush a un passé d'alcoolique et de drogué, il a déclaré que le Bon Dieu lui parlait la nuit, et une partie de son entourage ne vaut guère mieux [24] Notons cette posture nucléaire US est en contradiction flagrante avec le Traité de non-prolifération (TNP)
Posted On: August 23, 2007
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DES MINES AUX CENTRALES NUCLEAIRES,Vincent Ntuda Ebode
Le politologue Joseph Vincent Ntuda Ebodé énumère six étapes de transformation. Suivez le guide ! En deuxième lieu, ce yellow cake ou uranium concentré, contenant encore des impuretés diverses qui le rendent inutilisable en l'état, il doit être purifié lors d'opération de conversion. Troisièmement, l'uranium naturel est un mélange de deux atomes : l'U238 et l'U235 dans des proportions respectives de 99,3% et de 0,7%. Mais seul l'uranium U235 subit facilement le phénomène de la fission à l'origine de la production d'énergie dans le coeur du réacteur nucléaire. Pour fonctionner, les réacteurs requièrent un uranium plus riche en U235. L'enrichissement consiste donc à augmenter la proportion d'U235 jusqu'à 3% ou 4%. Liens Pertinents Economie, Affaires et Finance Ressources Minières En quatrième lieu, cet uranium enrichi est transformé en pastilles qui sont introduites dans de longs tubes métalliques pour former des crayons, lesquels sont à leur tour réunis et maintenus à l'aide de grilles pour former un assemblage. Cinquièmement, les assemblages ainsi réalisés vont séjourner plusieurs années dans le réacteur pour produire l'électricité. Après quoi vient le retraitement qui est une étape alternative au stockage en l'état des combustibles usées. A leur arrivée au centre de retraitement en effet, les combustibles usés sont plongés dans une piscine pour une durée de deux ans au maximum, pour permettre la poursuite de la désactivation. Les crayons sont ensuite coupés en petits morceaux et le combustible proprement dit est dissous dans des solutions d'acide afin de séparer l'uranium, le plutonium et les déchets (produits de fission). L'uranium et le plutonium peuvent ensuite être réintroduits dans le cycle du combustible ou être utilisé pour des usages militaires. Ce mécanisme de retraitement permet ainsi de récupérer des matières énergétiques et de limiter le volume des déchets. La dernière étape du cycle enfin, c'est la gestion des déchets. Est appelé déchet nucléaire, toute matière dont la radioactivité ne permet pas un rejet direct dans l'environnement et dont on ne prévoit pas d'utilisation ultérieure dans l'industrie nucléaire. L'uranium est principalement dangereux en raison de la difficile gestion des déchets. En fait, la toxicité des déchets nucléaires dure des milliers d'années : si l'iode 131 ne met que huit jours pour perdre la moitié de sa radioactivité, il faut 24 000 ans pour le plutonium, 245 000 ans pour l'uranium 234 et 740 millions d'années pour l'uranium 235 ".
SAMUEL HUNTINGTON INTERVIEW SUR LE MOYEN ORIENT
Samuel Huntington : interview sur le Moyen Orient
6 avril 2007
« Les bases des alliances et des désalliances ont tout simplement changé de nature. Dans les décennies à venir, ce seront le patrimoine Estimez-vous que votre thèse a été employée ou abusée depuis le 11 septembre 2001 ? Modifieriez-vous cette vision des choses, de quelque façon ? Huntington - Ma vision est que les relations entre les pays dans les prochaines décennies seront les plus susceptibles du point de vue de leurs engagements culturels, leurs antagonismes culturels avec d’autres pays plutôt que d’autres facteurs. Il est tout à fait évidemment que le pouvoir continuera à jouer un rôle central dans la politique globale, comme il le fait toujours. Mais comme d’habitude, il y a d’autre chose derrière des conflits. Au XVIIIème siècle en Europe, les issues ont largement impliqué des questions de monarchie contre les mouvements républicains naissants, d’abord en Amérique et puis en France. Au XIXème siècle, elle a impliqué des états s’identifiant par le nationalisme. Au XXème siècle, l’idéologie est venue à l’avant, en grande partie, mais pas exclusivement, en raison de la révolution russe. Nous avons eu le fascisme, le communisme et la démocratie libérale en concurrence les un avec les autres. La démocratie libérale est à être acceptée, dans la théorie au moins, partout dans le monde. Ainsi la question est vraiment ce qui sera le centre central de la politique globale dans les prochaines décennies ? Mes autres arguments portent sur les identités, les antagonismes et les affiliations culturels qui joueront non seulement un rôle, mais jouent un rôle important dans les relations entre les Etats. -Vous avez écrit : "Pendant 45 ans, le rideau en fer était la ligne de division centrale en Europe. Cette ligne a déplacé plusieurs centaines de milles vers l’est. C’est maintenant la ligne séparant les peuples du christianisme occidental, d’une part, des peuples musulmans et orthodoxes de l’autre." Ne faisant pas une distinction si dichotome entre l’ouest et l’Islam, est-elle possible d’impliquer là une uniformité dans ces deux catégories ? N’ignore-t-elle pas cette réalité que les communautés islamiques existent dans le monde occidental aussi ? Huntington - Cette implication est totalement erronée. Je ne propose pas que l’Occident soit uniforme. Évidemment, il y a des divisions dans l’Occident et des divisions dans le monde musulman. Il y a différentes sectes, différentes communautés, différents pays. Ainsi ni l’Islam ni l’Occident n’est pas du tout homogène. Je ne pense pas qu’on puisse penser en termes de deux blocs distincts. Mais il y a de vulgarisation dans tout ceci. Les gens parlent de l’Islam et de l’Occident. Vraisemblablement, cela a un certain rapport avec la réalité, et a une certaine signification. Naturellement, le noyau de cette réalité est dans les différences parmi les religions. - Y a-t-il une réconciliation ou un point de convergence entre les deux côtés de ce nouveau "rideau en fer" ? Huntington - Comme je viens de le dire, les deux côtés sont divisés. Les pays occidentaux collaborent avec les pays musulmans et vice versa. C’est une erreur de penser en termes de deux côtés homogènes à se confronter catégoriquement. La politique globale demeure extrêmement complexe et les pays ont de différents intérêts, qui les mèneront également en terme de coopération avec des amis et des alliés plutôt douteux. Les Etats-Unis ont coopéré et coopèrent toujours avec de diverses dictatures militaires dans le monde. Évidemment, nous préférerions qu’ils soient démocratisés, mais nous les faisons parce que nous avons des intérêts nationaux, si cela fonctionne avec le Pakistan ou l’Afghanistan ou qui que ce soit. - Vous avez écrit que pendant que la civilisation est en évolution aux Etats-Unis, elle tend vers le libéralisme démocratique comme idéologie. Huntington - cela a été toujours l’idéologie des Etats-Unis. Depuis la révolution du XVIIIème siècle, les Etats-Unis ont fondamentalement eu cette idéologie de démocratie et de constitutionalisme libéral. Je parle de la croyance et des valeurs américaines. Quand vous utiliser le mot « idéologie », les gens pensent tout de suite au communisme, qui était lui aussi une idéologie. Vous lisez le Manifeste communiste et vous savez ce qu’est à l’origine de cette idéologie. Aux Etats-Unis, ce que nous avons est un ensemble plus hétérogène de valeurs et de croyances, qui ont subsisté pendant plus de deux siècles. Évidemment, les changements et les adaptations se sont produits en raison du développement économique, l’industrialisation, l’afflux des immigrés qui sont venus aux Etats-Unis, la crise économique et deux guerres mondiales. Mais l’origine des croyances américaines n’a pas changé, et elle nous semble encore bien familière. - Dans un monde où le libéralisme démocratique gagne du terrain au moins en théorie, quelle sera la place que l’on pourrait accorder au monde musulman ? Huntington - Nous avons constaté au moins un commencement plus ou moins profond des évolutions sociales et économiques dans le monde musulman. Et à mon avis, cela aboutira au moment opprotun aux évolutions politiques dans les pays musulmans. Évidemment, les sociétés musulmanes, comme les autres sociétés, deviennent de plus en plus urbaines et de plus en plus industrialisées. Mais puisqu’un certain nombre d’Etats musulmans ont des richesses naturelles en gaz et en pétrole, ils ne manifestent pas une grande impulsion pour le changement. En même temps, les revenus pétroliers leur donne leur la possibilité au changement. Les pays comme l’Iran commencent à développer leurs infrastructures industrielles. - Pensez-vous que « la civilisation islamique » deviendra de plus en plus une entité ou un bloc important à l’avenir ? Huntington - Evidemment, nous avons constaté des mouvements dans ce sens. Mais je ne crois pas qu’il y aura une importante et une véritable concordance parmi les sociétés musulmanes. Mais je pense que nous pouvons nous attendre à ce que les chefs des sociétés musulmanes coopèrent les uns avec les autres dans plusieurs domaines, tout comme les sociétés occidentales qui coopèrent ensemble dans beaucoup de dossiers. Je n’exclus pas la possibilité que des pays arabes et musulmans puissent développer une certaine forme d’organisation commune comparable à l’union européenne. - Vous avez écrit : « La culture islamique est responsable, dans la grande partie, du manque de la démocratie dans une grande partie du monde musulman. » Pourtant, plusieurs pays musulmans comme l’Indonésie, la Malaisie, le Sénégal ou l’Inde qui a une grande population musulmane ont des régimes démocratiques. Y a-t-il vraiment un rapport, dans ce sens, entre la culture islamique et la démocratie ? Huntington - Je ne sais pas comment répondre à cette question, car je ne suis pas un expert en Islam, mais ce qui me frappe est de voir la lenteur relative avec laquelle les pays musulmans, en particulier les pays arabes, marchent vers la démocratie. Leur acquis culturel et leurs idéologies peuvent être en partie responsable de ce problème. L’expérience du colonialisme peut expliquer en partie ce problème, car cette expérience amène les pays musulmans à se méfier de l’Occident, de la domination anglaise, française, etc. Certains de ces pays étaient essentiellement des sociétés rurales. Je pense qu’ils marchent vraiment vers l’urbanisation et les systèmes politiques beaucoup plus pluralistes. Dans presque tous les pays musulmans, cela se produit. Évidemment, ils développement leurs coopération avec des sociétés de non musulmans. Un aspect principal qui influencera la démocratisation, naturellement, est l’immigration des musulmans dans l’Europe. - Que pensez-vous des récentes déclarations de votre collègue Stephen Walt de l’Université Harvard, et de John Mearsheimer de l’Université de Chicago, qui ont dit que la politique étrangère des Etats-Unis est d’une manière disproportionnée affectée par les lobbies pro-israéliens ? Etes-vous d’accord avec eux ? Huntington - Je pense que c’est un argument qu’il faut prendre au sérieux. Ils ne sont pas de vrais polémistes. Je ne suis pas entièrement persuadé par leur argument, mais ce qui attire mon attention c’est le terme « d’une manière disproportionnée ». Je ne sais pas comment le juger. La politique étrangère des Etats-Unis, dans tous les domaines, est effectuée par les groupes ethniques économiques ou régionaux. Il y a un lobby irlandais qui exerce son influence sur la politique étrangère des Etats-Unis depuis un siècle et demi, et qui a créé parfois des difficultés dans les relations entre les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Il y a d’autres lobbies, ce qui veut dire que le lobby pro-israélien n’est pas unique dans son genre. La différence qui existe c’est que ce lobby se concentre sur un sujet unique : la survie d’Israël et la promotion des aides accordées à Israël. - Est- ce que vous êtes de ceux qui voient dans le conflit arabo-israélien la principale source de tension au Moyen Orient ? Huntington - Il est clair que ce conflit n’a cessé de s’amplifier ces dernieres années et que ses impacts se font sentir un peu partout en Egypte, au Liban en Irak et ailleurs. Sur le plan stratégique, il est difficile de prévoir quel sera le pays de la région qui parviendra à s’imposer en tant que puissance hégémonique. Pour l’Amérique du sud, nous avons le Brésil. An Afrique, ce sera sans doute l’Afrique du sud. En Afrique centrale, en Asie de l’est et en Asie du sud, les futures puissances emergeantes seront respectivement le Nigeria, la future puissance emergente. Mais quel va être le pays du Moyen Orient capable de faire pendant aux géants que je viens de citer ? Il est vrai qu’Israel dipose de multiples potentialités. Il détient un arsenal atomique, le plus puissant de toute la région. Mais Israel est un état minuscule. Toutes les autres nations du Moyen Orient sont musulmanes et non israéliennes. Vu sous cet angle, Isreal n’est pas à même de devenir une superpuissance. L’Iran est aussi une possibilité, bien qu’il soit chiite et opposé en cela à la majorité des arabes qui sont, eux, sunnites. A premiere vue, cela pose ou peut poser un problème. Il y a aussi le fait tout simple que l’Iran est un pays non arabe dans une région où l’arabité est un critère identitaire. Viendra ensuite la Turquie, état important mais non arabe, elle, non plus et qui a de surcroit de multiples intérêts territoriaux et pétrogaziers au nord de l’Irak intérêts qui la poussent à se défendre contre toute tentative sessessioniste. Quels sont donc les chances pour qu’un pays arabe joue à l’avenir un role de premier plan à l’échelle de la région ? Je ne saurais pas le dire. L’Arabie saoudite est un pays riche mais relativement peu peuplé. L’Irak avec ses vastes ressources et ses nombreux élites était un dirigeant potentiel mais il a pris le mauvais chemin. Peut-être qu’il finira un jour par faire la marche arrière et redevenir l’espoir arabe. Ce me semble une hypothese tout a fait plausible. - De nombreux analystes voient en Turquie un pont entre le monde de l’Islam et l’Occident. Qu’en pensez-vous ? Huntington - Cette thèse ne séduit pas tellement. La Turquie défend ses propres intérêts ; elle a longtemps été cette puissance conquérante qui a colonisé les arabes et contre qui ces derniers se sont battus. Bien sûr, il s’agit là des réalités qui appartiennent à l’Histoire et qui ne joueront pas forcément en faveur ou en défaveur de ce qui se produira à l’avenir. Mais n’oublions pas que ces faits historiques ont durablement marqué l’esprit des gens au Moyen Orient. - L’émergence d’une puissance régionale s’inscrit-elle dans le sens des intérêts des Etats Unis ? Huntington - Cela dépend du pays qui revendiquera ce statut de leader. Du point de vue stratégique, il sera plus facile pour les Etats Unis de marchander avec une seule superpuissance. Les Américains pourront par exemple aller en Inde et dire à ses dirigeants : au Bangladesh, il y a tel ou tel problème et vous devez faire quelque chose ; ou qu’est-ce que nous pourrons faire ensemble pour jeter les bases d’une politique commune ? . Mais en absence d’une puissance de taille et de stature de l’Inde, il faudra à l’Amérique d’aller d’une capitale à l’autre, de chercher à faire des alliances, tache qui, du reste, est loin d’être facile. Surtout au Moyen Orient où les pays partagent un passé marqué par toute sorte de rivalités, éthniques et religieuses entre autre. - Amartia Senn, votre collègue à l’Université d’Harward critique votre théorie du clash des civilisations ; il dit que l’identité n’est pas la fin de l’histoire et que chacun est libre de choisir, de forger sa propre identité. Senn estime que votre théorie du clash miniaturise l’humanité, l’atomise en de petits fragments identitaires, bons à ranger dans des boites nommés "civilisation". Qu’est que vous pensez des citoyens qui ont à la fois plusieurs nationalités ? Huntington - je crois que ce jugement est totalement faux. Je n’ai jamais rien dit de tel. Je sais bien qu’il y a des gens multiidentitaires. Ce que je dis dans mon livre est simple : les bases des alliances et des désalliances ont tout simplement changé de nature. Dans les décennies à venir, ce seront le patrimoine culturel, la langue et la religion qui pèseront sur la politique internationale. Ma théorie remonte à une dizaine d’années et au regard des faits, elle ne s’est toujours pas démentie. - Comment peut-on discuter avec les gens multiidentitaires, par exemple avec un musulman ou un juif qui vit aux Etats Unis et qui a à la fois deux identités, religieuse et américaine ? Comment faut-il s’y prendre ? Huntington - En bien il faudrait arriver à une entente, entente à laquelle ces gens là sont aujourd’hui arrivés au terme de deux ou trois siécles d’efforts d’adaptation. Lorsque les flux migratoires s’intensifient et que le nombre de minorités ratiales et religieuses se multiplie, de nouvelles règles, de nouvelles langues apparaissent. La société d’accueil doit reconnaitre à ses minorités le droit de jouir d’une certaine autonomie dans le domaine des pratiques religieuses, linguistiques. Le problème des races renvoit souvent aux questions liées à la langue. Il faut savoir jusqu’où ces minorités pourront aller dans la pratique de leur langue maternelle ou quels sont les critères qui permettent de qualifier un pays de mono ou bilinguiste. - A votre avis de quelle maniere le fondamentalise- l’idée qui consiste a primer une identité aux dépens des autres- influe-t-elle aujourd’hui sur la politique internationale ? Croyez-vous en l’existence d’un fondamentalisme de nature islamique ou ce phénome peut-il se rencontrer dans n’importe quelle religion ? Huntington - Je suis totalement d’accord avec votre définition du fondamentalisme. Le fondamentalisme signifie le fait de donner la priorité à une identité, à une civilisation, à une culture et de la juger supérieure aux autres. Il va de soi que le fondamentalisme a depuis toujours existé et qu’il n’est pas propre à un espace géographique particulier. Ici aux Etats Unis, nous avons eu nous aussi nos fondamentalistes qui se sont longtemps opposés à l’immigration, au brassage de notre culture avec celle des autres. Ces tendances extremistes sont universelles. Mais le problème surgit à partir du moment où ces tendances ne sont plus contrôlées et qu’elles se transforment en force motrice au sein d’une société. Une telle société risque de voir les libertés de ses citoyens, de ses minorites se rétrécir. Il se peut meme que cette société déclare la guerre aux autres et qu’elle cherche à leur imposer ses idées, ses manières d’être. - Pourquoi les tensions interéthnique sont plus palpables en Europe qu’aux Etats Unis, j’entend les tensions qui opposent les musulmans aux autres communautés ? Huntington - le premier point est sans doute le poids numérique des Musulmans. Ces derniers sont peu nombreux aux Etats Unis au contraire de l’Europe où ils ont une présence plus massive. Le second est que les musulmans ne sont pas arrivés en Amérique à pieds ou à bord des bateaux de fortune ; ils ont traversé des milliers de kilomètres pour venir ici. Les Etats Unis n’ont pas de frontières communes avec les états musulmans. Mais l’Europe en a. La différence fondamentale réside justement dans ce point. Comment oserait-on comparer la situation des musulmans européens avec celle de nos hispaniques ? Les deux cas ne sont tout simplement pas comparables. les Etats Unis ont été et resteront un pays d’immigration. Les hispaniques qui y arrivent sont tous catholiques, une religion que les Américains pratiquent ou reconnaissent. Un tiers de notre population est catholique. Donc les hispanqiues ne causent pas les mêmes disharmonies que les Arabes d’Europe. Nos immigrants viennent non pas de l’autre bout du monde, mais tous simplement des pays limitrophes. Il est vrai que l’immigration aux Etats Unis n’est pas allé sans créer des difficultés mais nous sommes encore trop loin de la situation que connait l’Europe où des religions antagonistes entrent en conflit.
Posted On: August 22, 2007
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ISLAM ET OCCIDENT , Samuel Huntington
Le Point : Il y a dix ans, dans un article publié dans la revue « Foreign Affairs », vous annonciez une guerre imminente entre l’Islam et l’Occident. Après le 11 septembre 2001 et la contre-attaque américaine au Moyen-Orient, la guerre est-elle déclarée ? Samuel P. Huntington : Je n’ai pas prévu la guerre. J’ai prévu un choc entre les civilisations. Ce que j’ai analysé, c’est le risque de multiplication et de propagation de conflits frontaliers un peu partout dans le monde, provoqués par des tensions de nature ethnique, tribale et religieuse entre les différentes civilisations. En particulier, un choc entre le monde musulman et le monde occidental, Amérique et Europe réunies, m’est apparu comme une des lignes de fracture les plus probables. De ce point de vue, la révolution iranienne en 1979 peut être considérée comme le début d’une guerre larvée entre les civilisations occidentale et musulmane. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est l’aboutissement dramatique de ce processus : un choc majeur entre l’Islam et l’Occident qui est en train de déstabiliser le monde. Quelles en sont les caractéristiques ? Le conflit s’est étendu au niveau global, avec un petit groupe d’islamistes organisés en réseaux qui frappent systématiquement les intérêts occidentaux et qui se sont implantés dans les sociétés ennemies. Cette mondialisation du choc Islam-Occident a été annoncée tout au long des années 90 par la multiplication des conflits locaux dans lesquels on a vu différentes communautés musulmanes chercher à s’émanciper des pays non musulmans. Ce fut le cas au Kosovo, en Bosnie, en Tchétchénie ou au Cachemire. Ce fut le cas aussi, en 2000, avec le tournant de la seconde Intifada dans le conflit israélo-arabe. Avec l’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak, les Américains ont créé un foyer de propagation globale du choc entre Islam et Occident, dont ils seront les premiers à subir les conséquences. Pourquoi votre analyse n’a-t-elle pas été prise au sérieux par les Occidentaux ? Dans les années 90, l’Occident vivait dans les lendemains radieux de la guerre froide. Le choc des civilisations est apparu à l’époque comme une image extrême qui annonçait le retour de la barbarie. Je comprends très bien d’ailleurs cette réaction. La plupart des leaders politiques, en Amérique et en Europe, étaient optimistes. Ils partageaient l’idée d’un nouvel ordre harmonieux, où le monde, converti à la liberté après la chute du mur de Berlin, allait embrasser les valeurs de démocratie, adhérer à la culture libérale et moderne occidentale. Mais toute cette vision s’est révélée totalement fausse. Vous n’avez pas non plus été écouté sur la guerre en Irak... Cette guerre a été une très mauvaise idée. Ce que j’ai dit avant le début du conflit, c’est que, si les Américains pénétraient en Irak, il y aurait deux guerres. La première, contre Saddam Hussein, contre son régime, son armée et ses officiers. Cette guerre serait gagnée en un mois et demi. La seconde, ce serait celle contre les Irakiens. Elle a commencé depuis la chute de la dictature, et elle a éclaté au grand jour avec la révolte des sunnites dans la ville de Fallouja. Cette guerre-là, les Américains ne la gagneront jamais. Votre position antiguerre a surpris, car vous êtes un farouche défenseur des valeurs occidentales. L’intervention en Irak n’est-elle pas la réponse des néoconservateurs au choc des civilisations, pour montrer au monde arabo-musulman qu’il a droit lui aussi à la démocratie et à la prospérité ? Je crois aux valeurs occidentales et à la nécessité de préserver ce que nous sommes. Je crois aussi à la nécessité de défendre les droits de l’homme et d’encourager la diffusion des idées libérales. Mais il faut être réaliste : l’Occident ne domine plus le monde comme au lendemain de la Première Guerre mondiale. La civilisation musulmane, en particulier, constitue un bloc idéologique qui force l’Occident à abandonner toute prétention à l’universalisme. Nous devons reconnaître que des grandes civilisations comme la Chine ou le monde arabo-musulman accèdent au devant de la scène sans partager nos valeurs, qu’elles se développent et se renforcent à leur propre rythme et selon leurs propres orientations. Leur imposer un changement de régime n’est ni souhaitable ni possible. Notre marge de manoeuvre et notre intérêt consistent plutôt à miser dans ces pays sur l’évolution progressive des élites en place. Face à l’Islam, le camp occidental fait preuve de divisions inquiétantes... L’Occident peut sauver l’essentiel si l’Amérique évite de prendre des positions extrêmes et adopte une politique de coopération étroite avec l’Europe. Il faut éviter à la fois les écueils de l’unilatéralisme et du multilatéralisme. Dès 1996, j’ai écrit que le choc Islam-Occident aura pour corollaire la division du camp occidental, que les désaccords éventuels entre l’Europe et les Etats-Unis sont autant d’encouragements à l’expansionnisme islamique. L’Europe et les Etats-Unis présentent de grandes différences. En termes de puissance, mais aussi en termes de culture : l’Amérique est un peuple religieux, l’Europe ne l’est pas. Mais elles partagent la même identité occidentale et ont un intérêt commun à la conserver. Je pense pour ma part qu’au début de 2003 les différends transatlantiques sur la question irakienne auraient pu être réglés dans l’intérêt même du camp occidental. L’opposition de la France et de l’Allemagne, d’un côté, et des Etats-Unis, de l’autre, est un échec de l’Occident. Le bloc islamique peut-il se stabiliser ? L’un des grands problèmes avec le monde musulman, c’est qu’il est divisé et qu’il n’a pas, comme la Chine au sein du monde asiatique, un Etat qui exerce le rôle de puissance régionale. L’Egypte, le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, l’Iran et la Turquie sont tous des candidats virtuels à ce poste, mais ils se font concurrence. C’est dommage pour l’Islam et pour le reste du monde. Vous citez la Turquie. Est-ce une erreur de vouloir la faire entrer dans l’UE ? Beaucoup pensent à juste titre en Europe que l’Union politique ne résistera pas à l’entrée de 70 millions de musulmans. La plupart des leaders européens, en privé, sont contre l’entrée de la Turquie en Europe. Valéry Giscard d’Estaing s’est prononcé contre. Je crois qu’il serait souhaitable que la Turquie fasse le choix d’appartenir au bloc islamique, qu’elle accepte de renouer pleinement avec son héritage musulman, que le régime laïque mis en place par Atatürk a voulu éradiquer sans y parvenir. La Turquie est un pays musulman solide, bien administré, avec une armée efficace et une démocratie qui fonctionne plutôt bien. Elle serait le candidat idéal pour donner au monde musulman un leader. Vous abordez la question de la dissolution de l’identité nationale par les minorités ethniques. Quelle est votre opinion sur la communauté musulmane en Europe ? J’ai toujours été favorable à l’immigration à partir du moment où elle est assimilée. L’Amérique a une longue tradition d’intégration. Mais nous avons aujourd’hui à faire face au défi de l’immigration en provenance du Mexique, qui tend à remettre en question la prédominance de la culture anglo-protestante sans laquelle l’assimilation culturelle des immigrés n’est pas possible. Si cela continue, l’Amérique va devenir un pays bilingue et biculturel comme la Belgique ou le Canada. Le communautarisme musulman en Europe est un problème différent parce qu’il touche des communautés qui ne sont pas de culture occidentale et qu’il remet en question l’identité chrétienne de l’Europe. Mais il est aussi similiaire en ce qu’il met à l’épreuve la capacité d’intégration de la culture fondatrice des pays d’accueil. Très critique sur le multiculturalisme des années Clinton, vous prônez une politique d’assimilation assez proche du modèle français. L’interdiction du voile islamique dans les écoles est-elle une bonne mesure ? J’ai une grande admiration pour le modèle français, et je comprends la logique de cette interdiction. Mais je crois que le voile reste un sujet secondaire. Il y a des réalités beaucoup plus préoccupantes dans les ghettos urbains où les immigrés d’Afrique du Nord, à majorité musulmane, n’ont pas de travail et ne sont pas intégrés. C’est dans ces ghettos que se pose un problème politique avec les musulmans et que la culture française peut être remise en question. * Prophète du « choc des civilisations », ce professeur de 77 ans incarne la résistance au déclin des valeurs occidentales. Propos recueillis par Sébastien Fumaroli
Posted On: August 22, 2007
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THE CLASH OF CIVILISATIONS, Samuel Huntington
Summary: World politics is entering a new phase, in which the great divisions among humankind and the dominating source of international conflict will be cultural. Civilizations-the highest cultural groupings of people-are differentiated from each other by religion, history, language and tradition. These divisions are deep and increasing in importance. From Yugoslavia to the Middle East to Central Asia, the fault lines of civilizations are the battle lines of the future. In this emerging era of cultural conflict the United States must forge alliances with similar cultures and spread its values wherever possible. With alien civilizations the West must be accommodating if possible, but confrontational if necessary. In the final analysis, however, all civilizations will have to learn to tolerate each other.
World politics is entering a new phase, and intellectuals have not hesitated to proliferate visions of what it will be-the end of history, the return of traditional rivalries between nation states, and the decline of the nation state from the conflicting pulls of tribalism and globalism, among others. Each of these visions catches aspects of the emerging reality. Yet they all miss a crucial, indeed a central, aspect of what global politics is likely to be in the coming years. It is my hypothesis that the fundamental source of conflict in this new world will not be primarily ideological or primarily economic. The great divisions among humankind and the dominating source of conflict will be cultural. Nation states will remain the most powerful actors in world affairs, but the principal conflicts of global politics will occur between nations and groups of different civilizations. The clash of civilizations will dominate global politics. The fault lines between civilizations will be the battle lines of the future. Conflict between civilizations will be the latest phase in the evolution of conflict in the modern world. For a century and a half after the emergence of the modern international system with the Peace of Westphalia, the conflicts of the Western world were largely among princes-emperors, absolute monarchs and constitutional monarchs attempting to expand their bureaucracies, their armies, their mercantilist economic strength and, most important, the territory they ruled. In the process they created nation states, and beginning with the French Revolution the principal lines of conflict were between nations rather than princes. In 1793, as R. R. Palmer put it, "The wars of kings were over; the wars of peoples had begun." This nineteenth-century pattern lasted until the end of World War I. Then, as a result of the Russian Revolution and the reaction against it, the conflict of nations yielded to the conflict of ideologies, first among communism, fascism-Nazism and liberal democracy, and then between communism and liberal democracy. During the Cold War, this latter conflict became embodied in the struggle between the two superpowers, neither of which was a nation state in the classical European sense and each of which defined its identity in terms of its ideology. These conflicts between princes, nation states and ideologies were primarily conflicts within Western civilization, "Western civil wars," as William Lind has labeled them. This was as true of the Cold War as it was of the world wars and the earlier wars of the seventeenth, eighteenth and nineteenth centuries. With the end of the Cold War, international politics moves out of its Western phase, and its centerpiece becomes the interaction between the West and non-Western civilizations and among non-Western civilizations. In the politics of civilizations, the peoples and governments of non-Western civilizations no longer remain the objects of history as targets of Western colonialism but join the West as movers and shapers of history.
HAS HISTORY RESTARTED SINCE 11 SEPTEMBRE, Francis Fukuyama
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